Ouvrons ensemble la boîte de Pandore

Si le mythe de Pandore prouve, une fois de plus, que Forest Gump avait raison (la vie, c’est comme une boîte d̶e̶ ̶c̶h̶o̶c̶o̶l̶a̶t̶ , on ne sait jamais sur quoi on va tomber), il pose surtout de nombreuses questions quant à son interprétation. Il a fasciné Goethe, Camus et Bernard Weber, alors pourquoi pas vous ?

Commençons par le commencement : le mythe. 

Pandore est la première de toutes les femmes. C’est Hésiode, dans sa Théogonie qui nous en livre le récit le plus complet. Mortelle, elle est forgée en argile par l’adroit Hephaistos à la demande de son père, Zeus. Pour achever son oeuvre, le rois des Dieux convoque Athéna, qui confère à Pandore l’habileté, Aphrodite, qui lui donne la grâce et les désirs dévorants ainsi qu’Hermès, qui insuffle chez elle la perfidie. Enfin, il lui donne un nom, Pandore, du grec πᾶν (tous) δῶρον (le don), celle dotée de « tous les dons ». 

Mercure transportant Pandore de Jean Alaux dit Le Romain, milieu du XIXème siècle

Cette création est tout sauf innocente : Zeus cherche à se venger de Prométhée, qui a volé le feu pour l’offrir aux hommes. Par l’intermédiaire d’Hermès, Pandore est donc offerte en mariage à Epiméthée, frère de Promethée. Hélas, celui-ci est aussi idiot que son frère est malin et, trop occupé à admirer la beauté de sa future épouse, il ne se doute de rien et accepte volontiers la proposition. 

Mais avec elle vient une boîte* mystérieuse, que Zeus lui avait malicieusement ordonné de ne pas ouvrir. La curiosité de Pandore est trop forte et celle-ci ouvre la boîte, libérant ainsi tous les maux de l’humanité à commencer par la vieillesse dont les hommes étaient jusqu’alors préservés. Seule l’espérance, Elpis, tout au fond de la boîte, est retenue. 

Détail de la Pandore de Ruxthiel. Rendez-vous plus bas pour la voir en entier et de face !

L’histoire de « la boîte de Pandore », passée dans le langage courant, nous est familière. 

Et pas seulement pour des raisons linguistiques ! Elle ressemble en effet étrangement à une autre histoire, fondatrice, s’il en est, de notre civilisation judéo-chrétienne : celle d’Ève et du fruit défendu. En croquant dans la pomme, n’a-t-elle pas, comme notre Pandore en ouvrant sa boîte, transgressé l’interdit et apporté tous les malheurs sur la Terre ? Mais n’oublions pas que dans les deux cas, ces premières femmes ont aussi apporté la connaissance à l’humanité. Bref, dans la Genèse comme dans la Théogonie, sans l’arrivée des femmes, les hommes semblaient destinés à rester de parfaits imbéciles heureux. 

Mais ce qui me trouble le plus dans ce mythe, c’est l’apparition de l’espoir. Pourquoi diable l’avoir mis dans le même sac (ou devrais-je dire boîte) que tous les autres maux de l’humanité ? Et plus encore, pourquoi le laisser dans la boîte ? L’espérance n’est-elle pas un sentiment terriblement humain ? 

Ici, la question de la traduction est majeure. Jean-Pierre Vernant, grand spécialiste de la Mythologie dont je vous ai souvent parlé, explique que le terme grec utilisé par Hésiode, Elpis, fut traduit à tort par « espoir ». Elpis signifie en réalité l’attente, l’expectative. Et dans ce nouveau monde où les malheurs ont submergés les humains, l’attente peut être terrible et douloureuse. Si la vieillesse et la mort nous guettent, que faire de cette espérance ? Comment entreprendre ou rêver sans être paralysé par une attente stérile ? 

Elpis reste donc dans la boîte et permet, toujours selon Vernant, aux humains de vivre dans une contradiction riche, celle d’un monde entre espérance et anxiété. La contradiction entre le présent, personnifié par le benêt Epiméthée, et le futur, que symbolise Prométhée. 

Laissons la parole à Camus, qui nous présente son analyse dans L’Homme révolté, en 1951 :

« Dans la boîte de Pandore où grouillent tous les maux de l’humanité, les Grecs firent sortir l’espoir après tous les autres comme le plus terrible de tous. Je ne connais pas de symbole plus émouvant. Car l’espoir, au contraire de ce que l’on croit, équivaut à la résignation. Et vivre, c’est ne pas se résigner » 

Si Camus, dans une interprétation assez personnelle du mythe, décide de faire sortir l’espoir de la boîte, il conforte en revanche l’idée théorisée par Vernant que l’espoir est une force qui nous terrasse face aux épreuves. Pour vivre, nous devons transformer l’attente en un combat, en un refus de renoncer, pour qu’elle devienne la source d’une infinie motivation**. 

Je vous laisse désormais méditer, au présent et au futur, sur la place que vous désirez laisser à l’Elpis dans votre vie !

Et comme vos interprétations m’intéressent (presque) tout autant que celles de Vernant ou Camus, j’attends avec espoir vos réponses à cette lettre ! 

* Il s’agirait en réalité d’une jarre mais ne chipotons pas. 
** D’autant plus quand on visualise son objectif en se rasant tous les matins, il semblerait 

La revanche d’une blonde

L’origine de plusieurs fleurs a été expliquée par la mythologie grecque. L’égocentrisme de Narcisse et la mort accidentelle de Hyacinthe nous offrent deux beaux exemples. Pourtant, celle qui personnalise les fleurs, Chloris, n’a que peu d’importance dans les récits antiques.

Il faut attendre Ovide pour la découvrir dans un rôle de premier plan. Dans ses Fastes, le poète latin raconte la transformation de la nymphe Chloris en Flore, souveraine des fleurs. Alors qu’il souffle sur l’île des Bienheureux, Zéphir, le vent d’Ouest aperçoit la jeune fille et tombe fou amoureux. Il l’enlève, copiant les manières brutales de son frère Borée, le vent du Nord, et se rachète en l’épousant*. Comme cadeau de mariage, il lui offre le pouvoir de régner sur les fleurs.

« Avant, la Terre n’avait qu’une seule couleur » chante-t-elle au vers 5 222. Désormais, chaque printemps, mille teintes viennent embellir la nature qui renait. 

Quelques siècles plus tard, les artistes de la Renaissance, appréciant l’érotisme du souffle de Zéphir sur la jolie nymphe, s’emparent du mythe qui devient un sujet classique de la peinture et de la sculpture. 

Mais le tournant de sa carrière, elle le doit à Botticelli qui fait d’elle une star en la faisant apparaitre dans ses deux tableaux les plus célèbres : la naissance de Vénus et le Printemps.

Chloris enlace Zéphir qui souffle sur Vénus un vent de fleurs. 

Savoir (in)utile !
La déesse des fleurs partage son étymologie avec le mot « chlorophylle » qui, bien plus qu’un simple parfum de chewing-gum, désigne ce pigment vert permettant la photosynthèse et la transformation du dioxyde de carbone en oxygène.

* au mois de mai, bien entendu. 

Ma soeur, ma bataille

La mythologie grecque, bien plus que nos récits modernes il me semble, explore de nombreuses facettes de l’amour. L’amour romantique, qui unit par exemple Hélène et Paris, ou celui plus charnel entre Aphrodite et Arès,l’amour filial de Zeus pour Dyonisos qu’il porte dans sa cuisse, celui de Déméter pour sa fille Perspéhone ou encore l’amitié d’Achille pour Patrocle* qu’Homère utilise comme un élément déclencheur de la guerre de Troie, tous les visages de l’amour s’y côtoient et s’y mêlent. Plus encore, la mythologie ne semble pas établir de hiérarchie entre ces formes d’amour. 

À la lecture des mythes antiques, je suis souvent frappée par la récurrence du sentiment amoureux qui uni les frères et soeurs. Loin des cruelles et envieuses Javotte et Anastasie de Cendrillon, on y trouve des fratries aimantes, qui se complètent et s’entreaident. C’est le cas, par exemple, des jumeaux Artémis et Apollon. Tout juste arrivée sur terre, Artémis s’empresse d’aider sa mère Léto à accoucher de son jeune frère. Plus tard, elle l’assiste dans son combat avec le serpent Python et s’implique dans la guerre de Troie par pure solidarité fraternelle. 

Un autre mythe développe ce thème, c’est celui des soeurs Procné et Philomèle, et ayant moi-même deux soeurs, j’y suis particulièrement sensible. Il s’agit aussi un mythe étiologique, c’est-à-dire qu’il cherche à expliquer l’origine d’un phénomène naturel. Je ne vous en dis pas plus pour l’instant mais je pense que vous ne regardez plus jamais les hirondelles de la même façon…

Avec son Philomèle et Progné de 1861, la peintre Elizabeth Jane Gardner Bouguereau nous présente la tendresse qui unit les deux soeurs. 

Procné et Philomèle sont les deux filles de Zeuxippe et Pandion, cinquième roi légendaire d’Athènes. L’ainée, Procné est mariée à Térée, roi de la lointaine Thrace** et de cette union est née un fils, Itys. Cinq ans plus tard, Athènes et sa famille lui manquent et elle exprime à son mari le désir de revoir sa soeur. Térée se rend donc à Athènes pour demander au roi Pandion l’autorisation d’amener la jeune Philomèle avec lui.  Mais dès qu’il aperçoit la princesse, il oublie toutes ses bonnes intentions et n’a plus qu’une idée en tête : posséder Philomèle coûte que coûte. Pour convaincre le roi de laisser partir sa fille chérie***, il redouble d’éloquence et, à sa voix, vient s’ajouter celle de Philomèle, très désireuse de revoir sa grande soeur adorée. Laissons Ovide nous décrire cette scène tragique dans ses Métamorphoses : 

Dieux d’en haut, quelle nuit noire aveugle les coeurs des hommes !
Les efforts mêmes de Térée pour perpétrer son crime
passent pour de la piété, et son forfait lui vaut des éloges.
Que dire de Philomèle dont le désir est le même ? Caressante, elle met
ses bras autour des épaules de son père, demande d’aller voir sa soeur :
son salut en dépend, prétend-elle, mais elle agit contre son propre salut.

Dès leur arrivée en Thrace, Térée met à exécution le crime odieux. Il emmène de force Philomèle dans une étable et abuse d’elle. Mais après l’effroi vient la colère et la jeune femme jure de se venger en allant dénoncer son viol devant toute la cité. Effrayé d’une mise en accusation sur la place publique, Térée lui coupe la langue avant de rentrer chez lui et d’annoncer à sa femme la mort de sa petite soeur. 
Un an passe, et alors que Procné, dans son palais de Thrace, porte le deuil de sa chère soeur, cette dernière, bien vivante, est toujours enfermée dans l’étable. Sans voix, elle ne peut hurler au monde sa rage mais comme le dit si bien Ovide : la douleur est très ingénieuse, et l’habileté naît du malheur.

Philomèle se met en effet au travail et tisse une superbe tapisserie. Derrière le motif innocent, elle brode avec un fil pourpre le récit de son calvaire. Elle confie l’ouvrage à une servante qui l’apporte à Procné. Grâce à ce subterfuge, celle-ci découvre enfin le sort de sa sœur. Le désir de vengeance s’empare à son tour de Procné. 

Elle attend le soir de la fête de Dionysos et feint d’être enivrée pour parvenir à se glisser jusqu’à la bergerie qui sert de geôle à sa soeur mutilée. Elle la libère et l’emmène avec elle au château. Enfin réunies, les deux soeurs décident de la plus terrible des vengeances : Procné tue son fils Itys dont les traits lui rappèlent trop son violeur de mari. Elle le frappe au coeur avec un poignard et bien que le coup fut fatal, sa soeur signe elle aussi le crime en lui tranchant la gorge. Les deux femmes cuisinent le corps d’Itys et le servent à Térée. Une fois le repas achevé, celui-ci demande à voir son fils. Les yeux brillants de haine, sa femme lui annonce : « celui que tu réclames, tu l’as à l’intérieur. ». Pour ne laisser aucun doute sur l’horreur qui vient d’être commise, Philomèle sort de sa cachette et lance la tête de l’enfant à son père. 
Rubens quant à lui, nous expose une vision beaucoup plus terrifiante du mythe avec son Térée voyant de la tête d’Itys de 1638. Son dégout pour les soeurs va jusqu’à les effacer du titre du tableau. 
Les soeurs se sauvent et c’est alors que les Dieux s’en mêlent. Émus par le destin tragique des deux soeurs, ils les transforment en oiseaux pour qu’elles échappent à une mort certaine. Philomèle, privée de sa voix, est métamorphosée en rossignol chanteur et Procné en hirondelle, dont les reflets rouges sur la gorge rappelle l’épouvantable infanticide. Térée est lui aussi changé en oiseau : il devient huppe, dont le bec démesuré évoque l’épée meurtrière. 
Le rossignol chanteur, l’hirondelle libre mais tachée de sang et la huppe au bec menaçant. 
L’Olympe réserve, cette fois-ci, un sort bien magnanime à un violeur et deux meurtrières.

* Je vois vos airs amusés 
** La Thrace est la région au nord est de la Grèce qui couvre l’actuelle Bulgarie et la partie européenne de la Turquie.  
***Comme Arianne, qui, à peine avait-elle quitté son père et la Crète pour vivre le grand amour avec Thésée, était abandonnée sur l’île de Naxos. Il ne fait pas bon quitter son père dans la mythologie. 

Monstres & Cie

En parcourant la page Wikipedia consacrée à la greffe sur végétaux, on découvre qu’elle a été importée de Chine à l’Antiquité par… les Grecs. Une information qui ne devrait pas nous étonner car si on se réfère aux oeuvres de l’époque, sur vase, papyrus ou parchemin, les greffes étaient déjà au coeur de l’imagination grecque. Je parle cette fois des greffes d’être vivants, cette manie de coller une tête de taureau sur une corps d’homme ou de multiplier les têtes de serpent sur un corps de chien. Quand il s’agit de greffer l’impossible, personne ne peut les battre. La chimère, soit l’association d’une tête de lion, d’un corps de chèvre et d’une queue de serpent reste inégalée en termes de bizarrerie. Bien avant le LSD, la Mythologie a inventé des êtres hybrides improbables, souvent terrifiants, qui continuent de fasciner philosophes et psychanalystes. 

Pour cet épisode, on s’intéresse à un monstre mythologique dont les représentations ont été aussi diverses que multiples : la sirène. Entre celle, en bronze, de Copenhague, la petite de Disney, celles du port d’Alexandrie ou les terribles monstres des aventures d’Ulysse, difficile de s’y retrouver. D’ailleurs, qu’est-ce qu’une sirène ?

Détail du Vase aux sirènes, céramique réalisée au Ier siècle avant JC en Attique. Logiquement, vous pouvez le voir aujourd’hui au British Museum. 

Contrairement à l’imaginaire collectif, les sirènes mythologiques sont mi-femmes mi-oiseaux. Les mythes nordiques, bien plus tard, introduiront la sirène en être mi-femme mi-poisson. Celle d’Anderson, douce et romantique, possède donc bien une queue de poisson tandis que celles d’Ulysse, cruelles et trompeuses, sont en même temps un oiseau menaçant et une femme séductrice. Mais au cours des siècles, les deux représentations se sont mêlées de sorte que dans son Ulysse et les sirènes, Picasso les peint avec des ailes mais aussi avec des queues de poisson. 

En ce qui concerne leur origine, plusieurs théories s’affrontent. Ovide la fait remonter, une fois de plus, au mythe de Perséphone. La fille de Déméter est accompagnée de nymphes lorsqu’Hadès surgit de terre pour l’emporter aux Enfers. Pour avoir failli à secourir sa fille, Demeter transforme alors ses suivantes en ces terribles créatures. Ce qui me parait un peu injuste, mais après tout, la Mythologie n’a jamais été très tendre avec les femmes. Quant à Homère, ce n’est pas mieux, il raconte qu’elles sont crées par Aphrodite en punition d’avoir refusé d’offrir leur virginité à un Dieu…

C’est Homère qui les rendra célèbre dans l’Odyssée. Circé, fille du Soleil, alerte Ulysse du danger alors qu’il s’apprête à reprendre la mer pour rentrer chez lui après une année passée à ses côtés. Elle lui annonce : 

Tu rencontreras d’abord les Sirènes qui charment tous les hommes qui les approchent ; mais il est perdu celui qui, par imprudence, écoute leur chant, et jamais sa femme et ses enfants ne le reverront dans sa demeure.

Homère, L’Odyssée, Chant XII 

John William Waterhouse – Ulysses et les Sirènes (1891)

Plus qu’une mise en garde, elle poursuit en lui expliquant très précisément ce qu’il devra faire pour ne pas tomber dans leur piège : mettre de la cire molle dans les oreilles de ses matelots et se faire attacher au mat pour ne pas succomber à leur projet diabolique*. Ulysse s’exécute et permet à son équipage de passer sans embûche. Le chant des sirènes, cette merveilleuse métaphore de toutes ces choses que l’on aime entendre, mais qui nous mènent à notre perte. Cette copine qui t’affirme que oui, oui, une frange fera ressortir tes yeux ou ce conseiller qui a assuré à Donald Trump que c’était une bonne idée de ne pas reconnaitre sa défaite. 

Pour finir, comme cette lettre a aussi une mission de service public et que je sais que les futurs parents sont toujours à la recherche de prénoms originaux, voici la liste des noms de sirènes que les auteurs Antiques nous ont fait parvenir** :

Aglaopé, Aglaophone – elle pourra regarder The Crown sans sous-titres, c’est sûr – Ligie, Leucosie – un prénom qu’il ne faut porter qu’en bonne santé– , Molpé, Pisinoé, Thelxiope, Thelxinoé, Thelxiépie et ma préférée, Parthénope. 

* Mes excuses pour cet anachronisme 
**Mes excuses, en avance, aux instits qui devront dans quelques années faire l’appel des petites Parthénope et autres Aglaopé. 

Le rapt de Perséphone, le florilège

Ce mythe, je ne suis pas la seule à l’aimer. Sujet classique s’il en est, il inspire les artistes depuis plus de deux mille ans ! Je vous ai concocté un florilège de ses représentations du Bernin à Rembrandt en passant par Dürer : 

Sarcophage romain en haut-relief en marbre,

2ème siècle après JC 

Albrecht Dürer, 1516

Nicolo dell’ Abate, 1570

Le Bernin, 1624

Cette statue du Bernin, j’ai eu la grande chance de l’admirer à la villa Médicis à Rome. La détresse de Perséphone, le geste violent et charnel d’Hadès, la rage du cerbère aux trois tête dissimulé ici, tout y est magnifique.

Les larmes de Perséphone

La force d’Hadès

Rembrandt, 1631 

Simone Pignoni, 1650 

Frederic Leighton, 1891

John William Waterhouse, 1912

La jeune fille et la mort, ballet de Stephan Thoss, 2015