Le plus beau métier du monde

Éternel second rôle, dans les mythes, Hermès est toujours là sans jamais l’être vraiment. Bon et mauvais à la fois, si ce petit malin se contente souvent de faire passer les messages de Zeus, il est aussi le dieu marchand, patron des commerçants. Et c’est bien sûr cet aspect du personnage que nous allons étudier aujourd’hui !

S’il y a une chose à savoir sur Hermès, c’est que la sobriété c’est pas vraiment son truc. À peine né, il annonce la couleur à sa mère : vivre reclus à ses côté dans le dénuement, très peu pour lui. Ce qu’il veut c’est la richesse et l’abondance. Et pour ça, il a un plan : devenir le prince des voleurs, la plus belle de toutes les carrières à ses yeux. 

Vous pensiez que je m’efforcerais ici de redonner ses lettres de noblesses au beau métier de commerçant ? Dommage, même dans la mythologie, commerçants et voleurs sont deux faces d’une même pièce. 

Hermès et son caducée, adaptation romaine du doryphore de Polyclète que l’on peut admirer au Louvre.

Plus précisément, Hermès est le dieu de l’aubaine.

Laissez moi vous donner un exemple : par un beau matin d’été, 100 euros (ou drachmes) tombent de la poche d’une personne. Une deuxième passe quelques minutes après et ramasse les 100 euros. Vous en conviendrez, cette histoire peut être triste ou joyeuse selon que l’on se place du point de vue de la première ou de la deuxième personne. Or les grecs (qui n’exigent pas une grande moralité de leurs divinités) ont trouvé logique d’imputer ces deux facettes à un seul et même dieu : Hermès. Oui, c’est un dieu voleur mais c’est aussi le dieu de l’aubaine. Et l’aubaine, ma p’tite dame, c’est la base du commerce. 

Hermès, c’est le genre à pouvoir vendre du poisson à Poséidon. Il a l’éloquence facile et s’en sert volontiers pour obtenir ce qu’il veut. L’exemple le plus flagrant de ce don pour la manipulation est raconté par Homère dans l’hymne qu’il lui consacre. 

À peine né, Hermès comprend que travailler, c’est trop dur, et que pour devenir riche et célèbre, il faudra plutôt emprunter un chemin de traverse. Chemin qui le mène rapidement jusqu’à Apollon, en pleine rêverie poétique sur une plaine de Béotie. Ni une ni deux, Hermès profite de son inattention pour lui voler tout son troupeau (50 boeufs tout de même). 

Mais bientôt Apollon s’en aperçoit et retrouve rapidement son demi-frère. Prêt à en découdre, Apollon le menace de diverses façons pour récupérer son bétail. Mais Hermès est bien trop malin pour utiliser la force ! Il sort une lyre créée de ses mains et se met à chanter. Le pauvre Apollon a le coeur sensible et ne peut résister à tant de poésie. Le vol est vite oublié, plus rien ne compte à présent que cet instrument aux sonorités si délicates. Hermès, désormais en position de force, accepte alors d’échanger sa lyre contre le troupeau et un fouet brillant. Mais ce n’est pas tout, en échange de sa promesse de ne plus rien lui dérober dans le futur, il reçoit aussi une baguette de félicité et de richesse, qui deviendra le fameux caducée. 

En langage homérique, il s’agit d’une ruse. En langage courant, on appelle ça une arnaque. 

Le saint des seins

J’ai eu quelques fois l’occasion d’aborder le sujet de la maternité dans cette lettre : 

  • Ici, nous faisions un tour d’horizon des maternités, souvent contrariées, de nos déesses 
  • , je vous racontais l’accouchement de Leto à Délos
  • Pendant le confinement, nous avons étudié le cas de Héra, déesse du mariage mais certainement pas de la maternité (malgré ce qu’on a essayé de nous faire croire)
  • Ou encore à travers la paternité très maternelle de Zeus

J’en conviens, ce « quelques fois » est un euphémisme : les liens complexes qui lient les mères à leurs rejetons dans la mythologie me passionnent. Et comme si j’avais besoin d’encouragements, une double actualité me force à me pencher, une fois de plus, sur le sujet !

  1. La fête des mères qui approche à grands pas (le dimanche 4 juin, vous avez un cadeau ?
  2. La sortie de deux livres qui m’ont beaucoup intéressés : Les Grecques. Destins de femmes en Grèce antique de Aurélie Damet et Allaiter de l’Antiquité à nos jours. Histoire et pratiques d’une culture en Europe de Véronique Dasen de Francesca Prescendi*. 

Alors c’est décidé, aujourd’hui, on parle de la mère dans sa fonction nourricière. Mais faites confiance à la mythologie pour apporter une vision, disons peu conventionnelle, de l’allaitement !

Détail d’une céramique grecque du IVème siècle avant JC.

Si on regarde de plus près, les mythes qui s’y intéressent impliquent en effet assez peu les mères elles-mêmes. Et quand elles le sont, c’est pour leur reprocher de ne pas avoir allaité leurs bébés.

C’est le cas tragique de Clytemnestre, qui, épuisée d’avoir donné le sein à ses trois premiers enfants, confie cette tâche à une nourrice pour son petit dernier, Orestre. Mauvaise idée ! Quand des années plus tard, ce même Orestre s’apprête à lui trancher la gorge pour venger son père, elle tente de l’amadouer avec un mensonge « Je t’ai nourri, je veux vieillir à tes côtés », mais Oreste ne se laisse pas avoir par le sein dénudé de sa mère et l’égorge sans frémir. 

Oreste massacrant Egisthe et Clytemnestre de Bernardino (1654)

En revanche, la mythologie foisonne d’histoires de nourrices, qu’elles soient mortelles comme Euryclée ; ou Ino, qui en donnant le sein à Dyonisos deviendra Leucothée divinité protectrice des marins ; ou même animales comme la chèvre Amalthée qu’on ne présente plus, ou la biche qui recueille Téléphe, fils d’Héraklès et de la mortelle Augé. 

Mais l’histoire d’allaitement la plus fameuse est celle d’Héraklès. Il s’agit du mythe étiologique de l’origine de la Voie lactée. 

Le récit commence avec une petit nourrisson laissé seul sur une plaine de Grèce. Ce chérubin en détresse a été abandonné par sa mère Alcmène espérant ainsi échapper à la colère d’Héra. Car Alcmène s’est unie bien malgré elle avec Zeus et de cette union est né le dieu qui volera bientôt la vedette à tous les autres avec ses muscles saillants : Héraklès, encore prénommé Alcide. 

Comme le hasard fait bien les choses, voilà qu’arrivent sur cette plaine Héra et Athéna**, en pleine promenade digestive. Étonnée par la beauté et la vigueur du nourrisson, Athéna encourage Héra à la prendre au sein. Celle-ci ignore qu’il s’agit du fils illégitime de son mari et s’exécute avec joie. Mais le petit Héraklès lui tête le sein de façon si vigoureuse qu’elle l’éloigne violemment d’elle. Un surplus de lait gicle alors dans le ciel : c’est la création de la Voie lactée. 

L’Origine de la Voie lactée de Rubens (1636)

Quel comble ! La mère, Alcmène, censée protéger son enfant, l’abandonne quand la marâtre, d’habitude si peu encline à pouponner, le nourrit.

Cet évènement n’est pas sans conséquence pour notre jeune dieu puisqu’il développe alors une relation privilégiée avec sa belle mère, jusqu’à prendre son nom (Héraklès signifie « à la gloire d’Héra »). Ces fameuses gouttes de lait sorties du sein de la déesse dessinent pour Héraklès la porte d’entrée de l’Olympe. Car par cet allaitement, Héraklès change de statut et devient un dieu olympien.

Quant à Alcmène, elle est emmenée par Zeus à la fin de sa vie sur les îles des Bienheureux, lieu délicieux des Enfers où les âmes vertueuses goûtent un repos bien mérité après leur mort. Enfin une fin heureuse pour une maman !

Retiens la nuit

Hypnos n’est pas un dieu comme les autres. Personnification du sommeil, il est le fils de Nyx, la Nuit, et le frère jumeau de Thanatos, la Mort. C’est vous dire la crainte qu’inspire le sommeil chez nos anciens amis. Il n’est pas des divinités que l’on contrarie, au contraire il est très utile de l’avoir dans sa poche pour faire avancer ses manigances. Quand Héra souhaite solliciter son aide pour endormir Zeus et l’empêcher de porter secours aux Troyens, elle va jusqu’à l’appeler « maître de tous les dieux et de tous les hommes »*.  Pas partisan pour un sou, après Héra, c’est son mari Zeus qu’Hypnos va épauler dans l’histoire que je vais vous raconter, celle de la naissance du plus populaire de tous les Dieux : Heraklès. 

Tête d’une statue en bronze représentant Hypnos, copie romaine d’un original hellénistique (environ 275 av. J.-C.)

Tout commence quand les Taphiens et les Téléboens, redoutables pirates de la mer Ionienne et pilleurs de villes, débarquent à Mycènes, cité du Nord du Péloponèse pour voler les troupeaux du roi Éléctryion. Les huit fils du roi et de la reine Anaxo sont tués pendant la bataille laissant derrière eux leurs parents ainsi que leur petite soeur, Alcmène. Ni une ni deux, le père endeuillé prend la mer pour une expédition punitive et donne les clés de la ville à son neveu, Amphitryon ainsi que la main de sa fille Alcmène. 

Une ville et une épouse d’un seul coup, Amphitryon pense avoir touché le gros lot. Seulement, Alcmène ne l’entend pas de cette oreille et lui affirme qu’elle ne partagera pas son lit tant que ses frères ne seront pas vengés. Le nouveau roi se résigne alors à partir à son tour faire la guerre contre les Taphiens et les Téléboens et laisse sa belle reine seule au palais.

Alors qu’Amphitryon connait de grandes victoires en mer Ionienne,Zeus profite de son absence pour tromper Alcmène. Le dieu prend l’apparence du roi et entre au palais triomphant. Il annonce à Alcmène qu’il a vengé ses frères et réclame les faveurs qu’elle lui refusait jusque là… Mais derrière ce viol se cache bien plus que le simple plaisir de la chair. Zeus a une autre idée derrière la tête : il souhaite par cette union mettre au monde le plus grand de tous les héros. Comme une telle tâche ne peut pas s’accomplir en une seule nuit, par l’intermédiaire d’Hermès, il demande de l’aide à Hélios, le Soleil et à Hypnos, le Sommeil. Afin que cette nuit dure trois nuits, Hélios éteint ses feux solaires, détèle son char et reste tranquillement chez lui le lendemain. Quant à Hypnos, il est chargé d’endormir l’humanité toute entière d’un si profond sommeil pour que personne ne s’aperçoive de ce détour temporel. 

Jupiter et Alcmène gravure de Nicolas Tardieu (1729)

Ainsi, pendant trente-six heures, Alcmène s’offre à son soit-disant mari. Quand le vrai Amphitryon revient le lendemain et annonce sa victoire, il est étonné du manque d’enthousiasme de sa femme. Et quand il tente de l’emmener dans leur chambre à coucher, la reine lui annonce qu’autant elle était prête à écouter le récit du combat une deuxième fois pour lui faire plaisir, mais que pour ce qui est de retourner au lit, la réponse est non. Elle est bien trop épuisée par la nuit qu’ils viennent de passer. Interloqué, Amphytrion se précipite chez le devin Tirésias qui lui révèle le pot aux roses. Mais quand on est fait cocu par le roi des Dieux, il n’est pas facile de se venger. Le pauvre Amphytrion n’osa plus jamais toucher sa femme, de peur de s’attirer les foudres de la jalousie divine. 

Neuf mois plus tard, Alcmène accouche d’un demi-dieu, Heraklès, destiné à de très grandes choses. Mais c’est une autre histoire !

* Iliade, Chant XIV, vers 233

L’allégorie derrière votre olivier

Le rameau d’olivier d’Éiréné, déesse de la paix, l’olivier qu’Athéna fait jaillir du sol pour gagner le patronage de la ville d’Athènes, la couronne d’oliviers des jeunes mariés : l’olivier porte en lui de multiples allégories. Poursuivons ensemble ce jeu des symboles !

Éiréné / Εἰρήνη

L’allégorie que nous choisissons pour cet arbre-ci est justement Éiréné, la déesse de la paix. Dans l’Énéide, Virgile associe à plusieurs reprises son attribut, le rameau d’olivier, à la Paix. Mais c’est surtout l’Ancien testament, avec Noé, qui impose notre arbre fétiche définitivement comme le symbole de la paix partout en Occident.

Antéros / Ἀντέρως

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Antéros, le dieu de l’amour réciproque, ou de la haine et de l’aversion. Attention, Antéros est susceptible et punit également ceux qui se moquent de l’amour. Celui-là ne badine pas avec l’amour, vous l’avez compris. 

Gélos / Γέλως 

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Gélos, l’esprit du rire. On trouve des traces de son culte à Sparte. 

Harmonie / Ἁρμονία 

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Harmonie, déesse de l’ordre, de la symétrie et de la concorde. 

Thrasos / Θράσος 

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Thrasos, l’esprit de l’audace. Thrasos possède deux visages : personnalisation du courage, il peut devenir arrogant quand il s’emporte. 

Eulabéia / Εὐλάβεια

 

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Eulabéia, l’esprit de la discrétion, de la prudence et de la circonspection. Dans l’évangile selon Saint Luc, on retrouve le terme “eulabe” (εὐλαβής) pour caractériser un homme pieux. 

Tyché / Τύχη

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est  Tyché, la déesse de la chance, de la providence et du destin. Elle est représentée avec une balle qui rebondit de bas en haut, signe de l’insécurité de nos destins. 

Hédoné / Ἡδονή 

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Hédoné, l’esprit du plaisir. L’union entre Psyché (l’Âme), et Éros (le Désir), ne pouvait qu’engendrer la plus sensuelle des déesses. 

Édos / Αἰδώς

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Édos, l’esprit de la décence, de la révérence et du respect. 

Pistis / Πίστις

 

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Pistis, l’esprit de la confiance, de l’honnêteté et de la bonne foi. Les Romains avec son équivalent Fides feront d’elle, plus tard, une divinité de premier ordre. 

Nomos / Νόμος

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Nomos, l’esprit de la loi. Décrite par Hérodote, elle seule permet selon lui aux humains de vivre ensemble en harmonie. 

Hormé / Ὁρμή

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est  Hormé, l’esprit de l’élan, de l’enthousiasme, du fait de se mettre en mouvement et de commencer une action. Liée au culte d’Athéna, Hormé est associée aux artisans, à tous ceux qui travaillent avec leurs mains. 

Alètheia / Ἀλήθεια

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Alètheia, l’esprit de la vérité, de l’honnêteté et de la sincérité. Chouchoute des philosophes, elle apparaît dans les textes du Grec Parménide au Vème siècle avant JC puis chez… Heidegger au XXème siècle !

Technè / Τέχνη

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Technè, la personnification des arts et des compétences. Le terme techné devient chez Aristote l’action efficace qu’il oppose à la praxis, l’action qui permet de se perfectionner. 

Aergie / Ἀεργία

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Aergie, l’esprit de l’oisiveté, de la paresse et de l’indolence. D’après l’auteur latin Hygin, elle garderait Hypnos, dieu du sommeil, dans le royaume souterrain des morts. A priori, ils devraient bien s’entendre. 

Euthénie / Εὐθενία

 

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Euthénie, l’esprit de la prospérité, de l’abondance et de la profusion. Elle est une des quatre Charites (qui deviendront les Grâces romaines) avec ses sœurs Philophrosyne (la Bienveillance), Euphémé (les Louanges) et Eukléia (la Gloire). 

Elpis / Ἐλπίς

 

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Elpis, l’esprit de l’espérance et des attentes. Seul maux resté au fond de la boîte de Pandore, Elpis interroge notre compréhension de la notion d’espérance. Elle est cette attente ambigüe qui fait le sel de l’existence humaine !

Péitho / Πειθώ

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Péitho, l’esprit de la persuasion et de la séduction. Selon Hésiode, elle aide les Heures et les Charites à parer Pandore (celle de la fameuse boîte) de tous les attributs de la séduction. 

Philophrosyne / Φιλοφροσύνη

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Philophrosyne, l’esprit de la bienveillance, de la bonté et de la bienvenue. Malgré son nom pas très avenant, elle est l’une des quatre Charites (qui deviendront les Grâces romaines) avec ses sœurs Euthénie (la Prospérité), Euphémé (les Louanges) et Eukléia (la Gloire). 

Arété / Ἀρετή

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Arété, l’esprit de la vertu, de l’excellence, de la moralité et de la bravoure. Pour l’helléniste Werner Jaeger, l’arété représente pour les Grecs anciens l’adaptation parfaite, un idéal utile, qui s’ajuste, loin de nos acception modernes de la vertu. 

Ponos / Πόνος

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Ponos, l’esprit du travail et du labeur. Fils d’Eris (la Discorde), selon Hésiode, il a entre autres pour soeurs Léthé (l’Oubli), Limos (la Famine), les Algos (la Douleur), les Phonoi (les Meurtres), ou encore les Pseudea (les Mensonges). On choisit pas sa famille…

Adéphagie / Ἀδηφαγία

 

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Adéphagie, l’esprit de la satiété et de la gloutonnerie. Le jargon médical français, très friand des étymologies grecques, lui a emprunté son nom pour définir une faim excessive. 

Morphée / Μορφεύς

Le Morphée de Houdon (1777)

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Morphée, le dieu des rêves, qui prend forme humaine. Dans l’Iliade, Zeus l’envoie auprès d’Agamemnon pour lui suggérer le rêve destructeur qui incite les Achéens à reprendre le combat. 

Sophrosyne / Σωφροσύνη

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Sophrosyne, l’esprit de la modération, de la maîtrise de soi, de la tempérance, de la retenue et de la discrétion. Elle a donné son nom à un tout petit crustacé tout aussi modeste qu’elle.  

Euphémé / Εὐφήμη

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Euphémé, l’esprit des mots de bon augure, de l’acclamation, de l’éloge, des applaudissements et des cris de triomphe. Elle est une des quatre Charites (qui deviendront les Grâces romaines) avec ses sœurs Philophrosyne (la Bienveillance), Euthénie (la Prospérité) et Eukléia (la Gloire). 

Kalos kagathos / Καλοκαγαθία

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Kalos kagathos, l’esprit de la noblesse. Devenue une expression idiomatique exprimant l’idéal de corps et d’esprit, “kalos kagathos” est en quelques sortes l’ancêtre du fameux “mens sana in corpore sano” latin. 

Niké / Νίκη 

La Victoire de Samothrace représentant Niké

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Niké, la déesse de la victoire. C’est la forme de ses ailes qui inspirera à une célèbre marque de sport américaine son fameux logo

Caerus / Καιρός

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Caerus, l’esprit de l’opportunité. C’est le plus jeune des fils de Zeus, le petit chouchou en quelque sorte. 

Coros / Κόρος

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Coros, l’esprit de l’excès. Il accompagne Dyonisos, le dieu de la vigne. On lui avait pourtant dit que boire en excès comporte des risques. 

Épiphron / Ἐπίφρων

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Épiphron, l’esprit de la prudence, de la perspicacité, de la prévenance et de la sagacité. Fils d’Érèbe (les Ténèbres) et de Nyx (la Nuit), il a retenu la leçon de ses parents : dans l’obscurité, la prudence est de mise, sur la route comme dans la vie. 

Bia / Βία 

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Bia, l’esprit de la force, de la puissance, de la force physique et de la compulsion. Avec le dieu Cratos, elle enchaîne Promethée au aux rochers du Caucase sur ordre de Zeus pour le punir d’avoir donné le feu aux humains. 

Écéchéirie / Ἐκεχειρία

L’allégorie que nous associons à cet arbre-ci est Écéchéirie, l’esprit de l’armistice et de la fin des hostilités. Il est honoré aux Jeux Olympiques.

Petit mais costaud

Peut-on être immortel et vulnérable à la fois ? Autrement dit, les divinités de la mythologie ont-elle droit à la petite enfance, à ce premier âge, celui où la survie est entièrement entre les mains (ou les pattes, nous le verrons) de celles et ceux qui prennent soin de nous ?

Ce paradoxe, les mythes peinent à le contourner quand ils nous font le récit des origines de nos dieux et déesses favorites. Mieux encore, ils semblent se contredire sans que cela ne pose problème à qui que ce soit ! Tandis qu’Athéna nait toute grandie, armée jusqu’aux dents et en pleine possession de ses facultés divines, d’autres, comme son père Zeus, passent d’abord par la case nourrisson.

Laissez-moi rafraîchir votre mémoire et revenons justement sur la naissance de Zeus.

Son père Cronos redoutant de subir le sort qu’il a lui-même infligé à son paternel Ouranos, celui-ci préfère ne prendre aucun risque et avale donc chaque bébé qui naît de son union avec Rhéa. Enceinte de son petit dernier et lassée de voir ses enfants un par un gobés par son terrible mari, Rhéa met en place une supercherie : alors qu’elle vient de mettre au monde le petit Zeus, elle attend la nuit sombre pour le présenter à Cronos. Elle sait que son Titan de mari à l’intention de n’en faire qu’une bouchée alors elle remplace le bébé par une petite pierre dans le lange que Cronos, dans la pénombre, avale sans sourciller. 

La version du mythe par Nicolas Poussin qui, il faut le dire, ne fait la part très belle à notre chè(v)re Amalthée. 

Ouf ! Zeus est sauvé et il est envoyé en Crète sur les flancs du mont Égéon, auprès des nymphes. Difficile d’imaginer le roi des dieux en nourrisson sans défense. Pourtant, le petit Zeus partage avec les Hommes qu’il aimera et aidera tant cette fragilité originelle. Les nymphes chargées de sa protection choisissent soigneusement les nourrices en charge de son alimentation : la chèvre Amalthée est désignée pour son lait et l’abeille Panacris est sélectionnée pour son miel. Devant la grotte, les Curètes, divinités crétoises nées de la pluie, dansent en frappant leur bouclier avec leurs lances pour étouffer les pleurs du nouveau né. Une fois adulte, Zeus part sans plus attendre combattre son père. Avec l’aide de la Titanide Métis, il fait boire à Cronos une boisson émétique qui fait immédiatement vomir son père de toute la fratrie. Désormais en bonne compagnie, la guerre contre les Titans peut commencer…

On note au passage que les frères et soeurs de Zeus avalé.e.s par Cronos, n’étaient par mort.e.s mais seulement prisonnier.e.s du ventre de leur père. Au cours de cette deuxième gestation paternelle, Héra, Déméter, Poséidon et les autres s’aguerrissent. Car chez les Grecs, on ne se débarrasse pas facilement d’un bébé mis au monde ! Gobés par leur père, abandonnés en haut d’une montage comme Pâris et Oedipe ou jetés du haut de l’Olympe comme Héphaistos, mortels ou immortels, les nouveaux-nés ont toujours le don de survivre au sort que leur réserve leurs parents (et ont tendance à sacrément se venger par la suite). 

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à notre chèvre. 

Si c’est Amalthée qui est choisie pour nourrir le jeune dieu, c’est que la chèvre tient une place toute particulière dans le monde grec. Gardée en troupeau, parfois par des personnages illustres comme Ulysse qui en possède onze hardes sur son île d’Ithaque, elle existe aussi en grand nombre à l’état sauvage, faisant alors des ravages dans les plantations (et sur le bougainvillier de mon père, mais c’est une autre histoire). Familière et indomptable à la fois, elle est à l’intersection entre le sauvage et le civilisé. Elle se trouve dans un espace intermédiaire, un peu comme le petit Zeus dans sa grotte : pas encore tout à fait un Dieu sans être homme pour autant.

Zeus et son allaitement caprin n’est d’ailleurs pas un cas unique. C’est aussi l’histoire d’Asklepios, le fils d’Apollon et de Coronis et des jumeaux Philacis et Philander, nés de l’union entre Acacallis, fille du roi Minos et… d’Apollon, encore lui ! Cette lettre est dédiée à toutes les chèvres d’ici ou d’ailleurs. Coeur avec les cornes.

Dessin à la plume et à l’encre brune de Giulio Romano représentant les nymphes nourrissant Jupiter avec le lait de la chèvre Amalthée. 

Et si l’allaitement par une chèvre peut vous sembler incongru, que dire du cas du petit Pâris ! Abandonné dans la montagne suite au rêve prémonitoire de sa mère Hécube, il est secouru par une ourse qui pendant cinq jours et cinq nuits nourrit de son lait le prince troyen. Quand Agelaos, berger et serviteur de Priam et d’Hécube, revient pour vérifier que le bébé est bien mort et qu’il s’aperçoit avec stupeur qu’il a survécu, il n’a pas le coeur de le tuer et l’élève comme son propre fils. En attendant de croiser la route de trois célèbres déesses, Pâris devient berger, le plus sauvage des métiers, rien de très étonnant pour celui qui a été nourri par le plus sauvage des animaux. 

Qu’elle soit animale ou pas, la figure de la nourrice est omniprésente dans les récits de naissances mythologiques. La plupart des déesses semblent très pressées, une fois leur enfant mis au monde, de le confier à quelqu’une d’autre. Même la très maternelle Leto confie Apollon à peine mis au monde à l’île de Délos anthropomorphisée.

Et si le lien entre nourrice et nourrisson semble très banal dans les mythes, il n’en est pas moins puissant. L’exemple le plus connu de ce lien inaltérable est celui qui unit Ulysse et sa nourrice Euryclée. Quand il rentre (enfin) à Ithaque déguisé en mendiant, la vieille nourrice est une des toutes premières à le reconnaître grâce à une cicatrice qu’il possède sur la cuisse. Pourtant assise à leurs côtés, Pénélope, elle, est incapable d’identifier son mari qu’elle attend fidèlement depuis tant d’années. Ce trio formé par Euryclée la nourrice, Ulysse costumé et Pénélope rongée par la tristesse inspire d’ailleurs les artistes depuis plus de trois mille ans ! En 2022, on peut admirer la scène sur des bas reliefs du 1er siècle avant JC au Metropolitan Museum de New York, sur des toiles du XVIIIe siècle au Louvre ou encore au musée des beaux arts de La Rochelle.

Je vous laisse avec ce petit florilège : 

Leto se resserre

Avant de se plonger dans notre mythe du jour, faisons un petit détour pour explorer ce que nous dit la mythologie sur la maternité.

Pour commencer, un constat. Chez les Grecs antiques, donner la vie est loin d’être un accomplissement. La preuve : la plus puissante de toutes les déesses, Athéna, n’a pas d’enfant et n’en veut pas. Pour autant, le sujet n’est pas mis de côté et les mythes dressent une galerie très vaste de mères, allant des plus tendres (Déméterre avec Perséphone par exemple) aux plus cruelles (comme Héra avec Hephaïstos). En revanche, les premiers instants de la maternité, la grossesse et l’accouchement, sont peu abordés et les dieux et déesses naissent souvent dans leur forme adulte comme Athéna qui sort même du crâne de son père armée jusqu’aux dents.

Loin, si loin de nos « maman hélicoptères » d’aujourd’hui, les déesses en devenant mères portent souvent bien peu d’attention à leur nouveaux nés. En fait, c’est quand ils sont mortels qu’elles s’inquiètent le plus de leur sort (logiquement il faut dire). C’est le cas d’Aphrodite et de son fils mortel Énée. Lors de la guerre de Troie, elle s’implique et le protège. Bien qu’elle ne soit pas portée sur les choses de la guerre, elle se met en danger pour lui, le recouvre d’un pan de son vêtement et le sauve. C’est aussi le cas de Thétis, fille de l’Océan et surtout connue pour être la mère d’Achille. Elle tente de rendre le héros immortel en le trempant dans le Styx, puis essaye, toujours en vain, de le détourner du combat. Mais Achille est mortel et son destin est de mourir, quoiqu’en veuille sa mère impuissante. N’est-ce pas une allégorie sublime de ce que chaque parent redoute le plus au monde ?

Léto enceinte des jumeaux Artémis et Apollon du peintre néerlandais Hendrik Goltzius*

Le plus beau mythe sur l’accouchement est sans doute celui de Léto dans sa version homérique.

Séduite par Zeus, la déesse tombe enceinte et déclenche, une fois de plus, la colère d’Héra. Cette dernière ordonne alors à tous les recoins de la terre de refuser d’accueillir la pauvre Léto pour son accouchement. C’est in extremis qu’elle est recueillie à Délos, entre ciel et terre, alors qu’elle arrive à terme. En échange, la petite île des Cyclades demande simplement que le futur dieu ou la future déesse à naître fasse de l’île son sanctuaire. Mais Héra n’a pas dit son dernier mot ! La reine de l’Olympe interdit à Eileithyia, déesse de la délivrance, d’assister la naissance. Ainsi, pendant neuf jours et neuf nuits, la déesse peine sans parvenir au terme, avant qu’Iris, messagère des dieux et déesses ne parvienne à faire, enfin !, venir Eileithyia. Dès son arrivée, Léto met au monde Artémis. Immédiatement mise à contribution, Artémis aide sa mère à accoucher de son jumeau, Apollon. Marqués par une naissance hors normes et malgré des centres d’intérêts très éloignés – la nature pour l’une, l’art pour l’autre – les deux jumeaux s’aiment et se soutiennent dans toutes leurs aventures. Enfin, pour être honnête, c’est souvent la grande soeur qui vient en aide à son frère qui se fourre toujours dans tous les sales coups. Elle l’assiste quand il affronte le serpent Python, se venge avec lui de la belle Coronis et s’implique dans la guerre de Troie par pure solidarité. Et dire qu’il n’a même pas été capable d’inventer une fête des soeurs…

Léto et ses enfants par William Henry Rinehart. 

Sur l’île de Délos comme ailleurs en Grèce, Léto, celle qui a tant souffert, est encore aujourd’hui priée par les futures et les jeunes mamans. J’aurai, de mon côté, une pensée pour elle, quand viendra l’heure de la récolte.

*Titre alternatif au tableau : Léto se prenant en selfie avec sa tablette

Pomme de déesses et pomme dÉris

Pire que l’orange comme cadeau de Noël, la pomme comme cadeau de mariage !

L’histoire que je vous raconte aujourd’hui est celle d’un cadeau pas comme les autres, à l’origine de la plus mythique de toutes les guerres. 

Tout commence avec la néréide Thétis, divinité du fond de l’océan. Comme ses soeurs, elle est d’une grande beauté, et comme souvent dans la Mythologie, sa beauté est aussi son fardeau. Alors qu’il passe par là, Zeus aperçoit Thétis et projette immédiatement de la faire sienne. Mais il entend juste à temps la prédiction la sage Thémis  : “Déesse de l’onde, il faut que tu deviennes mère ; de toi naîtra un fils dont les exploits surpasseront ceux de son père et qu’on proclamera plus grand encore.” Refroidi par la prophétie, Zeus comprend qu’il ne peut laisser Thétis s’unir à un dieu, au risque de venir bousculer l’ordre bien établi de l’Olympe. Il choisit donc le mortel Pelée, roi de Phthie, comme époux pour la belle néréide. 

Seulement, Thétis, elle, n’est pas du tout de cet avis.

La déesse refuse de s’unir à un simple mortel et s’échappe. Avec l’aide du centaure Chiron, Pelée se met à sa poursuite et la retrouve dans une grotte de Magnésie. Ultime tentative de fuir ce mari encombrant, elle se transforme alors tour à tour en lion, serpent, feu, seiche, arbre et eau. Mais ce dernier l’attache avec des chaines et l’enserre si fort de ses bras qu’elle reprend sa forme humaine. “Ce ne peut être, dit-elle, que par la volonté des Dieux que tu triomphes.”* : Le mariage peut enfin avoir lieu. 

Le peintre flamand Hendrick van Balen nous offre une version très baroque des noces de Thétis et Pêlée. L’univers marin de la mariée, à gauche, rencontre le monde terrestre du marié, à droite. 

Sur le mont Pélion, les Hommes et les Dieux se retrouvent pour célébrer leur union. Chaque dieu, chaque déesse rivalise de cadeaux : des armes magiques, une armure invisible ou encore deux chevaux immortels, Xanthe et Balios, offerts par Poséidon et que Pelée donnera plus tard à son fils, un certain Achille… Mais n’allons pas trop vite en besogne !

C’est à ce moment de l’histoire que le somptueux mariage prend une tournure bien moins festive.

 

Éris, la Discorde, dont on redoute la présence, n’a pas été conviée. Pire encore c’est même la seule de toutes les divinités à avoir été mise de côté. Pour se venger de cet outrage, elle apporte un cadeau de mariage singulier : une pomme d’or sur laquelle on peut lire l’inscription « À la plus belle ! ». Trois déesses présentes se lèvent pour réclamer leur dû : Héra, Athéna et Aphrodite. Comme aucun des convives ne souhaite se mouiller dans cette affaire qui ne peut que mal tourner, Zeus décide de laisser le choix à un jeune berger du mont Ida. Son nom ? Pâris. 

Le Jugement de Pâris par Sandro Botticelli (et son atelier), vers 1482-1485, dont vous pouvez retrouver l’analyse du magazine Beaux-Arts en suivant ce lien.

Accompagnées d’Hermès, les trois déesses se rendent à la rencontre du jeune homme. À son oreille, chacune lui murmure des promesses en échange de son vote. Héra, la souveraine, lui promet de devenir le roi des mortels. Athéna, la guerrière, s’engage à faire de lui un conquérant. Aphrodite, elle, lui offre l’amour de la plus belle de toutes les femmes, Hélène. Le jeune berger a le coeur tendre et c’est la troisième déesse qui a sa préférence. 

Un siècle et demi plus tard,Rubens rejoue le Le jugement de Paris (1638) dans une version plus dénudée. 

Oui mais Hélène est déjà mariée à Ménélas, frère du roi des rois de Grèce, le terrible Agamemnon ! Pâris, de son côté, n’est pas un berger comme les autres, il est un prince troyen, fils de Priam. Alors quand Pâris enlève Hélène, Éris, à travers son terrible cadeau, obtient la discorde qu’elle venait semer. La guerre de Troie aura bien lieu ! 

* Ovide, Les Métamorphoses

Joue-la comme Héra

Héra n’est pas ma déesse préférée. En fait, c’est même celle que j’aime le moins. Il faut dire qu’elle accumule les défauts : cruelle avec son fils Héphaïstos, injuste envers les victimes de son violeur de mari, vindicative pendant la guerre de Troie… Quand elle ne jette pas son nouveau né du mont Olympe car elle le trouve trop laid, elle persécute Io – déjà transformée en vache par Zeus pour la sauver du courroux de sa femme jalouse – en lui envoyant un taon dont la piqure rend fou. Quel que soit le mythe, elle s’illustre par son acharnement à ne s’attaquer qu’à des cibles faibles et vulnérables. 

Les Grec.que.s ne l’entendent pas de cette oreille puisque c’est en son honneur que sont organisés, à Olympie, des Jeux féminins. Et cette nouvelle me réjouit tant que je pourrais (presque) lui pardonner tous ces travers. 

Les Jeux Olympiques ne sont pas ouverts à tous, loin s’en faut. Il faut être Grec, citoyen, n’avoir jamais commis de crime et…. être de sexe masculin. Cela ne vous étonnera guère, les femmes étaient exclues des épreuves mais aussi du spectacle pour la plupart car seules les femmes vierges avaient le droit d’entrer dans le stade. Mais elles ne sont pas privées de sport pour autant ! Car les jeux Héreens, aussi appelés les Héraia, se tiennent tous les quatre ans à Olympie, deux semaines après les Jeux masculins. C’est Pausanias qui, une fois de plus, nous les décrit : ils se composent d’une seule épreuve, une course à pied, à laquelle les athlètes participent par catégorie d’âge. Les gagnantes reçoivent une couronne d’olivier et une partie de la vache sacrifiée à Héra. 

Le temple d’Hera à Olympie reconstitué par… le jeu vidéo Assasin’s Creed

Si l’imaginaire moderne veut que tout ce qui se passe dans un temps ancien est forcément synonyme d’obscurantisme, en ce qui concerne les droits des femmes, la Grèce antique a, à de nombreuses reprises, prouvée que les capacités athlétiques des femmes sont loin d’être méprisées. 

Commençons par les déesses. Athéna, armée de son égide, d’une lance et d’un casque, est la personnification de la stratégie militaire. Comme l’illustre son épithète le plus fameux, Athéna Nikè (Athéna Victorieuse), elle symbolise la puissance, à la guerre comme dans le sport. Arthémis, elle, incarne une autre forme d’athlétisme. Intrépide et sauvage, elle parcourt les forêts munie de son arc et ses flèches. Si l’homme a créé Dieu à son image (ou est-ce le contraire ?), les mythes antiques laissent entrevoir une vision de la femme bien moins domestique que ce que l’on pourrait supposer. 

La civilisation crétoise minoéenne nous donne un autre exemple des relations entre les femmes et le sport. Sur les céramiques et fresques du musée d’Heraklion, on remarque de nombreuses femmes, peintes avec la peau blanche contrairement aux hommes représentés avec la peau foncée, participant aux épreuves de tauromachie ou même de pugilat, comme sur la fresque ci-dessous. 

Sur cette fresque du palais de Knossos, on distingue deux femmes à la couleur blanche de leur peau. Elle ne se contentent pas d’observer la dangereuse épreuve mais prennent pleine part au saut du taureau. 

Et que dire de la puissante Sparte ! Lutte, course à pied, lancer de disque ou javelot, elle sont de toutes les épreuves comme le déplore Euripide dans Andromaque. Écoutons Pelée sermonnant Ménélas qui a eu, d’après lui, le malheur d’épouser une femme de Sparte, Hélène : 

Oui, tu croyais avoir une femme pleine de vertu chez toi, mais c’est en fait la pire de toutes ! D’ailleurs, même si elle le voulait, aucune fille de Sparte ne saurait être vertueuse ! Elles désertent leurs maisons et, les cuisses dénudées et le vêtement relâché, partagent les mêmes pistes de course et les mêmes palestres que les garçons. Cela m’est insupportable ! 

L’historienne américaine Sarah B. Pomeroy a d’ailleurs démontré la fructueuse participation des femmes spartiates aux Héraia. La boucle est bouclée. 

Cette athlète en Grèce antique est une rare statuette en bronze du Vème siècle avant JC retrouvée à Sparte. On peut aujourd’hui l’admirer, en toute logique, au British Museum. 

C’est peu dire que quand Pierre de Coubertin, à l’origine des JO modernes, déclare en 1912 « Une petite Olympiade femelle à côté de la grande Olympiade mâle. Où serait l’intérêt  ? […] Impratique, inintéressante, inesthétique, et nous ne craignons pas d’ajouter  : incorrecte, telle serait à notre avis cette demi-Olympiade féminine» il démontre son ignorance autant que sa misogynie.

Ouvrons ensemble la boîte de Pandore

Si le mythe de Pandore prouve, une fois de plus, que Forest Gump avait raison (la vie, c’est comme une boîte d̶e̶ ̶c̶h̶o̶c̶o̶l̶a̶t̶ , on ne sait jamais sur quoi on va tomber), il pose surtout de nombreuses questions quant à son interprétation. Il a fasciné Goethe, Camus et Bernard Weber, alors pourquoi pas vous ?

Commençons par le commencement : le mythe. 

Pandore est la première de toutes les femmes. C’est Hésiode, dans sa Théogonie qui nous en livre le récit le plus complet. Mortelle, elle est forgée en argile par l’adroit Hephaistos à la demande de son père, Zeus. Pour achever son oeuvre, le roi des Dieux convoque Athéna, qui confère à Pandore l’habileté, Aphrodite, qui lui donne la grâce et les désirs dévorants ainsi qu’Hermès, qui insuffle chez elle la perfidie. Enfin, il lui donne un nom, Pandore, du grec πᾶν (tous) δῶρον (le don), celle dotée de « tous les dons ». 

Mercure transportant Pandore de Jean Alaux dit Le Romain, milieu du XIXème siècle

Cette création est tout sauf innocente : Zeus cherche à se venger de Prométhée, qui a volé le feu pour l’offrir aux hommes. Par l’intermédiaire d’Hermès, Pandore est donc offerte en mariage à Epiméthée, frère de Promethée. Hélas, celui-ci est aussi idiot que son frère est malin et, trop occupé à admirer la beauté de sa future épouse, il ne se doute de rien et accepte volontiers la proposition. 

Mais avec elle vient une boîte* mystérieuse, que Zeus lui avait malicieusement ordonné de ne pas ouvrir. La curiosité de Pandore est trop forte et celle-ci ouvre la boîte, libérant ainsi tous les maux de l’humanité à commencer par la vieillesse dont les hommes étaient jusqu’alors préservés. Seule l’espérance, Elpis, tout au fond de la boîte, est retenue. 

Détail de la Pandore de Ruxthiel. Rendez-vous plus bas pour la voir en entier et de face !

L’histoire de « la boîte de Pandore », passée dans le langage courant, nous est familière. 

Et pas seulement pour des raisons linguistiques ! Elle ressemble en effet étrangement à une autre histoire, fondatrice, s’il en est, de notre civilisation judéo-chrétienne : celle d’Ève et du fruit défendu. En croquant dans la pomme, n’a-t-elle pas, comme notre Pandore en ouvrant sa boîte, transgressé l’interdit et apporté tous les malheurs sur la Terre ? Mais n’oublions pas que dans les deux cas, ces premières femmes ont aussi apporté la connaissance à l’humanité. Bref, dans la Genèse comme dans la Théogonie, sans l’arrivée des femmes, les hommes semblaient destinés à rester de parfaits imbéciles heureux. 

Mais ce qui me trouble le plus dans ce mythe, c’est l’apparition de l’espoir. Pourquoi diable l’avoir mis dans le même sac (ou devrais-je dire boîte) que tous les autres maux de l’humanité ? Et plus encore, pourquoi le laisser dans la boîte ? L’espérance n’est-elle pas un sentiment terriblement humain ? 

Ici, la question de la traduction est majeure. Jean-Pierre Vernant, grand spécialiste de la Mythologie dont je vous ai souvent parlé, explique que le terme grec utilisé par Hésiode, Elpis, fut traduit à tort par « espoir ». Elpis signifie en réalité l’attente, l’expectative. Et dans ce nouveau monde où les malheurs ont submergés les humains, l’attente peut être terrible et douloureuse. Si la vieillesse et la mort nous guettent, que faire de cette espérance ? Comment entreprendre ou rêver sans être paralysé par une attente stérile ? 

Elpis reste donc dans la boîte et permet, toujours selon Vernant, aux humains de vivre dans une contradiction riche, celle d’un monde entre espérance et anxiété. La contradiction entre le présent, personnifié par le benêt Epiméthée, et le futur, que symbolise Prométhée. 

Laissons la parole à Camus, qui nous présente son analyse dans L’Homme révolté, en 1951 :

« Dans la boîte de Pandore où grouillent tous les maux de l’humanité, les Grecs firent sortir l’espoir après tous les autres comme le plus terrible de tous. Je ne connais pas de symbole plus émouvant. Car l’espoir, au contraire de ce que l’on croit, équivaut à la résignation. Et vivre, c’est ne pas se résigner » 

Si Camus, dans une interprétation assez personnelle du mythe, décide de faire sortir l’espoir de la boîte, il conforte en revanche l’idée théorisée par Vernant que l’espoir est une force qui nous terrasse face aux épreuves. Pour vivre, nous devons transformer l’attente en un combat, en un refus de renoncer, pour qu’elle devienne la source d’une infinie motivation**. 

Je vous laisse désormais méditer, au présent et au futur, sur la place que vous désirez laisser à l’Elpis dans votre vie !

Et comme vos interprétations m’intéressent (presque) tout autant que celles de Vernant ou Camus, j’attends avec espoir vos réponses à cette lettre ! 

* Il s’agirait en réalité d’une jarre mais ne chipotons pas. 
** D’autant plus quand on visualise son objectif en se rasant tous les matins, il semblerait 

La revanche d’une blonde

L’origine de plusieurs fleurs a été expliquée par la mythologie grecque. L’égocentrisme de Narcisse et la mort accidentelle de Hyacinthe nous offrent deux beaux exemples. Pourtant, celle qui personnalise les fleurs, Chloris, n’a que peu d’importance dans les récits antiques.

Il faut attendre Ovide pour la découvrir dans un rôle de premier plan. Dans ses Fastes, le poète latin raconte la transformation de la nymphe Chloris en Flore, souveraine des fleurs. Alors qu’il souffle sur l’île des Bienheureux, Zéphir, le vent d’Ouest aperçoit la jeune fille et tombe fou amoureux. Il l’enlève, copiant les manières brutales de son frère Borée, le vent du Nord, et se rachète en l’épousant*. Comme cadeau de mariage, il lui offre le pouvoir de régner sur les fleurs.

« Avant, la Terre n’avait qu’une seule couleur » chante-t-elle au vers 5 222. Désormais, chaque printemps, mille teintes viennent embellir la nature qui renait. 

Quelques siècles plus tard, les artistes de la Renaissance, appréciant l’érotisme du souffle de Zéphir sur la jolie nymphe, s’emparent du mythe qui devient un sujet classique de la peinture et de la sculpture. 

Mais le tournant de sa carrière, elle le doit à Botticelli qui fait d’elle une star en la faisant apparaitre dans ses deux tableaux les plus célèbres : la naissance de Vénus et le Printemps.

Chloris enlace Zéphir qui souffle sur Vénus un vent de fleurs. 

Savoir (in)utile !
La déesse des fleurs partage son étymologie avec le mot « chlorophylle » qui, bien plus qu’un simple parfum de chewing-gum, désigne ce pigment vert permettant la photosynthèse et la transformation du dioxyde de carbone en oxygène.

* au mois de mai, bien entendu. 

Ma soeur, ma bataille

La mythologie grecque, bien plus que nos récits modernes il me semble, explore de nombreuses facettes de l’amour. L’amour romantique, qui unit par exemple Hélène et Paris, ou celui plus charnel entre Aphrodite et Arès,l’amour filial de Zeus pour Dyonisos qu’il porte dans sa cuisse, celui de Déméter pour sa fille Perspéhone ou encore l’amitié d’Achille pour Patrocle* qu’Homère utilise comme un élément déclencheur de la guerre de Troie, tous les visages de l’amour s’y côtoient et s’y mêlent. Plus encore, la mythologie ne semble pas établir de hiérarchie entre ces formes d’amour. 

À la lecture des mythes antiques, je suis souvent frappée par la récurrence du sentiment amoureux qui uni les frères et soeurs. Loin des cruelles et envieuses Javotte et Anastasie de Cendrillon, on y trouve des fratries aimantes, qui se complètent et s’entreaident. C’est le cas, par exemple, des jumeaux Artémis et Apollon. Tout juste arrivée sur terre, Artémis s’empresse d’aider sa mère Léto à accoucher de son jeune frère. Plus tard, elle l’assiste dans son combat avec le serpent Python et s’implique dans la guerre de Troie par pure solidarité fraternelle. 

Un autre mythe développe ce thème, c’est celui des soeurs Procné et Philomèle, et ayant moi-même deux soeurs, j’y suis particulièrement sensible. Il s’agit aussi un mythe étiologique, c’est-à-dire qu’il cherche à expliquer l’origine d’un phénomène naturel. Je ne vous en dis pas plus pour l’instant mais je pense que vous ne regardez plus jamais les hirondelles de la même façon…

Avec son Philomèle et Progné de 1861, la peintre Elizabeth Jane Gardner Bouguereau nous présente la tendresse qui unit les deux soeurs. 

Procné et Philomèle sont les deux filles de Zeuxippe et Pandion, cinquième roi légendaire d’Athènes. L’ainée, Procné est mariée à Térée, roi de la lointaine Thrace** et de cette union est née un fils, Itys. Cinq ans plus tard, Athènes et sa famille lui manquent et elle exprime à son mari le désir de revoir sa soeur. Térée se rend donc à Athènes pour demander au roi Pandion l’autorisation d’amener la jeune Philomèle avec lui.  Mais dès qu’il aperçoit la princesse, il oublie toutes ses bonnes intentions et n’a plus qu’une idée en tête : posséder Philomèle coûte que coûte. Pour convaincre le roi de laisser partir sa fille chérie***, il redouble d’éloquence et, à sa voix, vient s’ajouter celle de Philomèle, très désireuse de revoir sa grande soeur adorée. Laissons Ovide nous décrire cette scène tragique dans ses Métamorphoses : 

Dieux d’en haut, quelle nuit noire aveugle les coeurs des hommes !
Les efforts mêmes de Térée pour perpétrer son crime
passent pour de la piété, et son forfait lui vaut des éloges.
Que dire de Philomèle dont le désir est le même ? Caressante, elle met
ses bras autour des épaules de son père, demande d’aller voir sa soeur :
son salut en dépend, prétend-elle, mais elle agit contre son propre salut.

Dès leur arrivée en Thrace, Térée met à exécution le crime odieux. Il emmène de force Philomèle dans une étable et abuse d’elle. Mais après l’effroi vient la colère et la jeune femme jure de se venger en allant dénoncer son viol devant toute la cité. Effrayé d’une mise en accusation sur la place publique, Térée lui coupe la langue avant de rentrer chez lui et d’annoncer à sa femme la mort de sa petite soeur. 

Un an passe, et alors que Procné, dans son palais de Thrace, porte le deuil de sa chère soeur, cette dernière, bien vivante, est toujours enfermée dans l’étable. Sans voix, elle ne peut hurler au monde sa rage mais comme le dit si bien Ovide : la douleur est très ingénieuse, et l’habileté naît du malheur.

Philomèle se met en effet au travail et tisse une superbe tapisserie. Derrière le motif innocent, elle brode avec un fil pourpre le récit de son calvaire. Elle confie l’ouvrage à une servante qui l’apporte à Procné. Grâce à ce subterfuge, celle-ci découvre enfin le sort de sa sœur. Le désir de vengeance s’empare à son tour de Procné. 

Elle attend le soir de la fête de Dionysos et feint d’être enivrée pour parvenir à se glisser jusqu’à la bergerie qui sert de geôle à sa soeur mutilée. Elle la libère et l’emmène avec elle au château. Enfin réunies, les deux soeurs décident de la plus terrible des vengeances : Procné tue son fils Itys dont les traits lui rappèlent trop son violeur de mari. Elle le frappe au coeur avec un poignard et bien que le coup fut fatal, sa soeur signe elle aussi le crime en lui tranchant la gorge. Les deux femmes cuisinent le corps d’Itys et le servent à Térée. Une fois le repas achevé, celui-ci demande à voir son fils. Les yeux brillants de haine, sa femme lui annonce : « celui que tu réclames, tu l’as à l’intérieur. ». Pour ne laisser aucun doute sur l’horreur qui vient d’être commise, Philomèle sort de sa cachette et lance la tête de l’enfant à son père. 

Rubens quant à lui, nous expose une vision beaucoup plus terrifiante du mythe avec son Térée voyant de la tête d’Itys de 1638. Son dégout pour les soeurs va jusqu’à les effacer du titre du tableau. 

Les soeurs se sauvent et c’est alors que les Dieux s’en mêlent. Émus par le destin tragique des deux soeurs, ils les transforment en oiseaux pour qu’elles échappent à une mort certaine. Philomèle, privée de sa voix, est métamorphosée en rossignol chanteur et Procné en hirondelle, dont les reflets rouges sur la gorge rappelle l’épouvantable infanticide. Térée est lui aussi changé en oiseau : il devient huppe, dont le bec démesuré évoque l’épée meurtrière. 

Le rossignol chanteur, l’hirondelle libre mais tachée de sang et la huppe au bec menaçant. 

L’Olympe réserve, cette fois-ci, un sort bien magnanime à un violeur et deux meurtrières.

* Je vois vos airs amusés 
** La Thrace est la région au nord est de la Grèce qui couvre l’actuelle Bulgarie et la partie européenne de la Turquie.  
***Comme Arianne, qui, à peine avait-elle quitté son père et la Crète pour vivre le grand amour avec Thésée, était abandonnée sur l’île de Naxos. Il ne fait pas bon quitter son père dans la mythologie. 

Monstres & Cie

En parcourant la page Wikipedia consacrée à la greffe sur végétaux, on découvre qu’elle a été importée de Chine à l’Antiquité par… les Grecs. Une information qui ne devrait pas nous étonner car si on se réfère aux oeuvres de l’époque, sur vase, papyrus ou parchemin, les greffes étaient déjà au coeur de l’imagination grecque. Je parle cette fois des greffes d’être vivants, cette manie de coller une tête de taureau sur une corps d’homme ou de multiplier les têtes de serpent sur un corps de chien. Quand il s’agit de greffer l’impossible, personne ne peut les battre. La chimère, soit l’association d’une tête de lion, d’un corps de chèvre et d’une queue de serpent reste inégalée en termes de bizarrerie. Bien avant le LSD, la Mythologie a inventé des êtres hybrides improbables, souvent terrifiants, qui continuent de fasciner philosophes et psychanalystes. 

Pour cet épisode, on s’intéresse à un monstre mythologique dont les représentations ont été aussi diverses que multiples : la sirène. Entre celle, en bronze, de Copenhague, la petite de Disney, celles du port d’Alexandrie ou les terribles monstres des aventures d’Ulysse, difficile de s’y retrouver. D’ailleurs, qu’est-ce qu’une sirène ?

Détail du Vase aux sirènes, céramique réalisée au Ier siècle avant JC en Attique. Logiquement, vous pouvez le voir aujourd’hui au British Museum. 

Contrairement à l’imaginaire collectif, les sirènes mythologiques sont mi-femmes mi-oiseaux. Les mythes nordiques, bien plus tard, introduiront la sirène en être mi-femme mi-poisson. Celle d’Anderson, douce et romantique, possède donc bien une queue de poisson tandis que celles d’Ulysse, cruelles et trompeuses, sont en même temps un oiseau menaçant et une femme séductrice. Mais au cours des siècles, les deux représentations se sont mêlées de sorte que dans son Ulysse et les sirènes, Picasso les peint avec des ailes mais aussi avec des queues de poisson. 

En ce qui concerne leur origine, plusieurs théories s’affrontent. Ovide la fait remonter, une fois de plus, au mythe de Perséphone. La fille de Déméter est accompagnée de nymphes lorsqu’Hadès surgit de terre pour l’emporter aux Enfers. Pour avoir failli à secourir sa fille, Demeter transforme alors ses suivantes en ces terribles créatures. Ce qui me parait un peu injuste, mais après tout, la Mythologie n’a jamais été très tendre avec les femmes. Quant à Homère, ce n’est pas mieux, il raconte qu’elles sont crées par Aphrodite en punition d’avoir refusé d’offrir leur virginité à un Dieu…

C’est Homère qui les rendra célèbre dans l’Odyssée. Circé, fille du Soleil, alerte Ulysse du danger alors qu’il s’apprête à reprendre la mer pour rentrer chez lui après une année passée à ses côtés. Elle lui annonce : 

Tu rencontreras d’abord les Sirènes qui charment tous les hommes qui les approchent ; mais il est perdu celui qui, par imprudence, écoute leur chant, et jamais sa femme et ses enfants ne le reverront dans sa demeure.

Homère, L’Odyssée, Chant XII 

John William Waterhouse – Ulysses et les Sirènes (1891)

Plus qu’une mise en garde, elle poursuit en lui expliquant très précisément ce qu’il devra faire pour ne pas tomber dans leur piège : mettre de la cire molle dans les oreilles de ses matelots et se faire attacher au mat pour ne pas succomber à leur projet diabolique*. Ulysse s’exécute et permet à son équipage de passer sans embûche. Le chant des sirènes, cette merveilleuse métaphore de toutes ces choses que l’on aime entendre, mais qui nous mènent à notre perte. Cette copine qui t’affirme que oui, oui, une frange fera ressortir tes yeux ou ce conseiller qui a assuré à Donald Trump que c’était une bonne idée de ne pas reconnaitre sa défaite. 

Pour finir, comme cette lettre a aussi une mission de service public et que je sais que les futurs parents sont toujours à la recherche de prénoms originaux, voici la liste des noms de sirènes que les auteurs Antiques nous ont fait parvenir** :

Aglaopé, Aglaophone – elle pourra regarder The Crown sans sous-titres, c’est sûr – Ligie, Leucosie – un prénom qu’il ne faut porter qu’en bonne santé– , Molpé, Pisinoé, Thelxiope, Thelxinoé, Thelxiépie et ma préférée, Parthénope. 

* Mes excuses pour cet anachronisme 
**Mes excuses, en avance, aux instits qui devront dans quelques années faire l’appel des petites Parthénope et autres Aglaopé. 

Le rapt de Perséphone, le florilège

Ce mythe, je ne suis pas la seule à l’aimer. Sujet classique s’il en est, il inspire les artistes depuis plus de deux mille ans ! Je vous ai concocté un florilège de ses représentations du Bernin à Rembrandt en passant par Dürer : 

Sarcophage romain en haut-relief en marbre,

2ème siècle après JC 

Albrecht Dürer, 1516

Nicolo dell’ Abate, 1570

Le Bernin, 1624

Cette statue du Bernin, j’ai eu la grande chance de l’admirer à la villa Médicis à Rome. La détresse de Perséphone, le geste violent et charnel d’Hadès, la rage du cerbère aux trois tête dissimulé ici, tout y est magnifique.

Les larmes de Perséphone

La force d’Hadès

Rembrandt, 1631 

Simone Pignoni, 1650 

Frederic Leighton, 1891

John William Waterhouse, 1912

La jeune fille et la mort, ballet de Stephan Thoss, 2015