Le point COVID-19 #2

Après une gestion parfaite de l’épidémie ces deux derniers mois, les Grec.que.s, qui comptent moins de 200 morts, se tournent désormais vers l’avenir et cherchent à sauver une saison touristique déjà très accidentée. Même si depuis le 4 mai, le déconfinement est en marche avec la réouverture de tous les commerces, tavernes et cafés, la situation mondiale inquiète. À raison puisque la tourisme représente 18% du PIB et emploie près d’un million de personnes.

Alors le chef de l’Etat prend les devants !

En direct à la télévision grecque, le premier ministre Kyriakos Mitsotakis, a annoncé mercredi 20 mai que la saison touristique démarrerait mi-juin avec la reprise des vols internationaux et la réouverture des hôtels. Fort de sa nouvelle légitimité, il est même allé jusqu’à déclarer « faisons de l’été l’épilogue de la crise du coronavirus ». Poussant l’emphase un peu plus loin, le PM a même qualifié la mission d’hospitalité de son pays « notre passion qui fut de tout temps inspiré par Xenios Zeus ». Plus prosaïque, il a aussi annoncé la baisse de la TVA sur les transports (dont aérien) de 24% à 13%. Pour gérer cet afflux venu de l’extérieur, le gouvernement grec mise tout sur une politique massive de tests. Les îles seront pourvues de tests en grandes quantités et des moyens de transport spécifiques pour les cas suspects seront mis en place pour pouvoir les transférer rapidement vers Athènes. S’il reste vague sur les clubs et autres boites de nuits (les habitués de Mykonos attendront), il assure que les plages ainsi que les tavernes seront ouvertes.

Dans un entretien réalisé le 25 mai avec le quotidien allemand Bild, Kyriakos Mitsotakis a aussi annoncé que la Grèce ouvrira ses frontières aux pays qui ont des données épidémiologiques similaires à celles de la Grèce (comprenez « ceux qui ont peu de cas et réalisent beaucoup de test »), rassurant ainsi les vacanciers allemands car l’Allemagne ferait partie des heureux élus. Et si cette analogie entre les deux pays vous fait sourire, c’est que vous avez bien suivi !

Et quid des Français ?

Le 23 mai, la Grèce annonçait que les liaisons aériennes restaient fermées avec l’Espagne, la Grande-Bretagne, l’Italie, et les Pays-Bas jusqu’au 31 mai inclus. Laissant donc en dehors de ce pacte de pestiférés la France, sûrement plus en raison de ses nombreux touristes hellénophiles que par ses performances sanitaires. L’horizon de vos vacances grecques semble donc s’éclaircir de jour en jour. Air France a repris la liaison avec Athènes, à un rythme très calme, depuis le 23 mai et hallelujah à partir du 27 juin 2020, la compagnie rétablit la liaison également avec la Crète. Un vol par semaine reliera Heraklion et Paris. Attention néanmoins, jusqu’au 31 mai, on demande à tous les arrivants d’appliquer un auto-confinement de 14 jours.

COVID-19 : Mais pourquoi les Grec.que.s s’en sortent si bien ?

La Grèce compte le nombre de décès le plus bas d’Europe, la barre des 100 morts venant tout juste d’être franchie. Explication sur ce succès sanitaire. 

Pourtant « théoriquement, la Grèce se présentait comme la victime idéale de la pandémie. Le système sanitaire est affaibli par une décennie de coupes sauvages et les habitudes font que les gens vivent beaucoup à l’extérieur » affirme Filippos Filippidis, chercheur à l’Imperial College au Corriere della Sera. À ces deux facteurs de risque, on peut ajouter la situation dramatique dans les camps de migrants et la géographie du pays, constitué de plus de 6 000 îles. 

L’explication est simple : toutes les mesures ont été prises très tôt. Annulation de tous les carnavals qui précèdent Pacques dès le mois de février, confinement de la population et fermetures des écoles mi-mars alors que le pays comptait à peine plus de 100 cas, placement en quarantaine de tous les voyageurs arrivant de l’étranger, hôpitaux réservés aux patients atteints du coronavirus pour circonscrire les contaminés et surtout interdiction des baignades en mer ! 

Athènes en plein confinement

Alors que les Grecs fêteront Pâques dimanche prochain, le 19 avril. Une interdiction totale de circulation est en étude par le gouvernement pour empêcher les urbains de rejoindre leur village familial pour la fête religieuse la plus importante de l’année.

Même s’il ne faut jamais crier victoire trop tôt, l’inquiétude est aujourd’hui surtout économique. Certaines mesures se décident comme l’aide de 800€ que les travailleurs non-salariés pourront demander à partir d’aujourd’hui ou ce fond spécial destiné à aider l’industrie du tourisme qui devrait connaître une année blanche. Difficile cependant de ne pas craindre la prochaine crise mondiale pour un pays déjà plus que fragilisé par des années d’austérité. 

Juste pour rigoler, un petit clin d’oeil pour rester dans le thème « fierté grecque » !

Sur le sujet, vous pouvez lire L’Obs qui donne la parole à une Française vit avec son mari Grec et ses enfants dans la périphérie d’Athènes, l’article de Courrier international qui reprend le Corriere della Sera ou cette vidéo très factuelle de CNN.

Pour aller plus loin, je vous recommande aussi la longue interview de l’eurosceptique Olivier Delorme dans la Voix de l’hexagone.