Confinés dans l’huile – Épisode 4

Quelle meilleure occasion de prendre un peu soin de nous que ce confinement ?

Si c’est l’aspect culinaire qui monopolise d’habitude mon attention, l’huile possède aussi de nombreuses qualités cosmétiques.  Alors on sort de son pyjama et on apprend deux trois choses au passage. 

Les corps (nus et huilés) à l’Antiquité 

Au bain ! 

Chez les grecs de l’Antiquité, la beauté passe avant tout par la propreté. Les demeures les plus riches possèdent leurs propres salles de bain, alimentées en eau par les aqueducs, voire des thermes privés pour les plus vastes domaines et pour les autres, les thermes publics sont omniprésents en ville. Verdict : confiné.e ou pas, on file sous la douche. 

Des corps huilés

Intérieur d’une coupe. Un athlète verse de l’huile dans sa main alors qui se prépare pour l’exercice, 510 avant JC

Ceux qui prennent le plus le soin de leur corps, ce sont les athlètes. Avant les exercices, ils se lavent à une fontaine puis se frictionnent d’huile d’olive pour éviter les accidents musculaires. Souvent, ils mélangent l’huile à du sable avant de s’en recouvrir pour se protéger du froid, du soleil et des coups portés. L’huile est gardée dans des amphores en terre cuite. Pendant les prestigieuses Panathénées, les jeux d’Athènes, des amphores sont offertes aux vainqueurs sur lesquelles est le plus souvent représentée Athena, elle qui avait justement offert un olivier à la ville qui porte son nom.

Athena couronne le vainqueur d’un match de boxe. 363 avant JC

Tous nus et tous bronzés 

N’importe quel enfant lâché au Louvre l’aura vite remarqué : les grecs s’embarrassaient assez peu de textile.  Mais attention, la nudité n’est pas pour tout le monde. Les femmes restent couvertes quand les corps des hommes se dévoilent comme on le voit sur cette amphore du 4ème siècle avant JC. 

Boxeurs nus couronnés par Olympia, habillée sur la gauche, 340 avant JC

À l’inverse de notre époque moderne, c’est sur les jeunes hommes que la pression sociale de l’apparence s’exerce. Sans toge pour cacher ce petit bourrelet acquis lors du dernier banquet, il n’est pas question de se laisser aller, d’autant plus que les normes esthétiques sont sévères : on les veut minces, élancés et le muscle saillant s’il vous plait !

Pour les grecs, être nus, c’est accéder à une forme supérieure de civilisation. D’ailleurs, seuls les citoyens peuvent avoir cet honneur. La nudité athlétique est au grec ce que le dernier iPhone est au californien du XXIème siècle : une certaine idée du progrès.  

Voici ce qu’en dit Platon dans sa République :

– Il n’y a pas si longtemps qu’aux yeux des Grecs certaines choses paraissaient honteuses et ridicules, qui le sont encore aujourd’hui aux yeux de la majorité des Barbares, à savoir que les hommes se laissent voir nus. Rappelons que, lorsque les Crétois, les premiers, et ensuite les Lacédémoniens se mirent à pratiquer nu, les policés de ce temps avaient quelque droit de railler toutes ces nouveautés ; ne le crois-tu pas ?
– Si.
– Mais lorsqu’en s’exerçant ils s’aperçurent qu’il était préférable de se dévêtir que de demeurer vêtu, même ce qui semblait ridicule à leurs yeux disparut devant ce que les arguments révélaient comme ce qu’il y a de meilleur. 

Beaux et belles comme des dieux


Fini la théorie ! Voici trois idées pour vous chouchouter à la grecque.

1. Un gommage pour la peau 

Détail de la Venus/Aphrodite de Milo, 2ème siècle avant JC

Le corps sexuellement idéal, pour le Grec de l’Antiquité, est un corps jeune à la peau éclatante, douce et lisse comme celle des statues de bronze qui étaient entretenues polies et brillantes pour rester lumineuses et douces au toucher. 

Alors pour se la jouer statue grecque, on suit le programme suivant : 

Ingrédients : 
– Deux cuillères à soupe de sucre fin
– Deux cuillères à soupe d’huile d’olive (ou amande douce ou macadamia)
– Une cuillère à soupe de miel liquide
– Un demi citron (qui cicatrise les petits boutons)

Appliquez  le gommage sur peau humide pour les peaux sensibles, en réalisant des mouvements circulaires et en insistant au niveau des genoux, coudes et talons, puis rincez à l’eau claire.

2. Un masque pour les cheveux 

Détail de Dionysos avec Panthère et Satyre, 2ème siècle après JC

Ingrédient :
– Huile d’olive 

On démêle les cheveux s’ils sont longs et on applique l’huile petit à petit en commençant par la racine. Avec un peigne, on applique l’huile jusqu’aux pointes et on laisse poser sous une serviette chaude si possible ou un torchon (vous allez avoir des taches de gras !). Habituellement, je vous aurais conseillé de le garder toute la nuit mais grâce au confinement, vous pouvez le faire en pleine journée. L’astuce : mettre un bonnet de bain de piscine et hop, on peut vaquer à ses occupations ! 

Bonus : Ça marche aussi pour les barbes (qui sont j’imagine de plus en plus fournies !) 

3. Un soin pour les ongles

Détail de l’aurige de Delphes, ou Hêniokhos (du grec ἡνίοχος, « qui tient les rênes ») 478 avant JC

Ingrédients : 
– Huile d’olive 
– Quelques gouttes de jus de citron 

Massez vos ongles chaque soir avec de l’huile d’olive et quelques gouttes de citron connu pour ses propriétés blanchissantes. L’huile d’olive donnera un aspect brillant à vos ongles et assouplira vos cuticules, que vous pourrez plus facilement repousser par la suite.

Venez vous enivrer de la douceur étrange
De cette après-midi qui n’a jamais de fin ! 

… dirait Baudelaire pour parler de ce qui nous arrive. 

Raymond, un parrain d’olivier, a lui aussi pris sa plume pour répondre à ma dernière lettre. Je vous laisse en profiter : 

Vous ne rêvez pas, oui, il s’agit bien d’un sonnet en alexandrins ! Alors bravo et merci à lui pour ce cadeau qui fut un vrai rayon de soleil dans mon confinement.

Et en Grèce ?

On m’a demandé de faire un point sur la situation en Grèce.

Les grecs se sont confinés assez tôt, dès le 10 mars quand il y avait moins de 100 cas sur le territoire, et comptent encore peu de malades et de morts (environ 1000 cas confirmés et moins de 30 morts au moment où j’écris). Il y a néanmoins deux sujets d’inquiétude : l’état de l’hôpital public grec tout d’abord, terrassé par les politiques d’austérité, et les camps de migrants, notamment celui de Lesbos où le virus pourrait faire des ravages. 


J’échange régulièrement avec nos producteurs crétois. La proximité de la nature et le bon air crétois leur permettent de ne pas souffrir autant que nous du confinement. Cependant, Manolis, notre producteur d’huile d’olive, craint pour l’avenir économique de son pays qui panse encore les plaies d’une crise terrible. Il est aussi inquiet du gel des commandes d’un de ses clients allemand qui constitue, avec nous, un de ses plus gros comptes. Brigitte, la productrice de savon est, elle, très occupée par l’école à la maison de ses deux filles. En famille, ils profitent de ce moment suspendu pour planter des graines, les regarder pousser et savourer encore un peu plus le luxe inouï d’être entourés d’une nature si belle.

Pour finir, l’hymne « on reste chez nous » (« Θα κάτσω σπίτι ») chantée par des célébrités grecques, qui m’a été partagée par une de nos marraines, Cécile !

Chouchoutez vous bien et à très vite, 

Manon

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