Confiné.e.s dans l’huile – Épisode 6

Hier, j’ai lu qu’à l’île de Ré un faux arrêté préfectoral distribué dans certaines boites aux lettres demande aux non-résident.e.s de partir. Pas mal de gens découvrent pour la première fois ce sentiment désagréable de n’être pas le ou la bienvenu.e. Pourtant, c’est un sentiment que connaissent bien les immigré.e.s, les parents de jeunes enfants dans le TGV ou les infirmiers et infirmières dans certains immeubles actuellement … J’ai pensé alors à d’autres pestiféré.e.s, ceux de l’île de Spinalonga, à quelques kilomètres d’Adravasti. Bientôt, vous saurez tout sur l’histoire folle de cette île !

Ensuite, je vous recommande la lecture du meilleur des romans de gare : l‘île des oubliés de Victoria Hislop qui traite justement de Spinalonga (et je vous donne des astuces pour commander des livres sans passer par Amazon 😉  )

Enfin, on reste dans le thème et on joue ensemble à Questions pour un confiné !   

Les Crétois ont décidés de vous éliminer et leur sentence est irrévocable

Face à Elounda, à côté d’Agios Nikolaos à l’Est de la Crète, se trouve la minuscule île de Spinalonga. Ce sont les Vénitiens – qui ont occupé la Crète entre le 13ème et le la fin du 17ème siècle – qui s’y sont les premiers intéressés et y ont construit une puissante forteresse. Mais si l’île est célèbre, c’est surtout qu’elle fut pendant un demi-siècle l’île des lépreux. À partir de 1903, tous.tes les lépreux et lépreuses de Crète sont déporté.e.s vers cette île pour y vivre enfermé.e.s, sans soins ni espoir d’en sortir un jour. 

Pendant plus de cinquante ans, près de 500 personnes y ont été enfermées, privées de citoyenneté et rayées des registres de naissance. La maladie qui déforme les membres et le visage fait peur. Aux yeux des Crétois, elles sont maudites, dangereuses, contagieuses, suspectes de transmettre le mal par hérédité, par contact physique ou même par le regard. Tout est fait pour cacher l’existence de cette île ainsi que celle de ses habitants. 

Devant l’Eglise de Spinalonga, début du XXème siècle

Ils et elles vivent plus ou moins coupé.e.s du monde, enfermé.e.s à vie sur ce rocher. Alors contre cet abandon, les habitant.e.s de Spinalonga s’organisent, recréent une vie de village, avec école, épicerie, boulangerie, cafés et barbier. 

En 1957, l’île cesse son activité d’accueil des lépreux et lors de l’évacuation de l’île, on découvre que certains « lépreux » n’étaient en fait qu’atteints de maladies de peau… 

Mais les habitant.e.s de la région, qui bénéficiaient de l’île en faisant payer à des prix exorbitants leurs fruits, légumes et médicaments aux lépreux qui touchaient une petite rente de l’État, s’inquiètent de la perte de cette source de revenus. Les vestiges vénitiens et ottomans sont d’abord mis en valeur, mais c’est surtout ce qui reste du passage des lépreux, effacé dans un premier temps, qui devient la poule aux oeufs d’or. L’Ile des oubliés de Victoria Hislop et la série télévisée grecque qu’elle a inspirée ont transformé Spinalonga en destination touristique majeure. Un dérangeant mouvement de récupération touristique se met alors en place. Avec lui, la mémoire de la léproserie, d’abord niée comme un épisode honteux, retrouve bientôt un intérêt économique. Cette exploitation de la mémoire a été mise en lumière par Maurice Born dans sa longue thèse intitulée Archéologie d’une arrogance.  À travers le cas de la lèpre, Archéologie d’une arrogance ouvre une réflexion sur les représentations de la maladie en général, sur la contagion, la peur, le refus, qui vaut plus largement que le cas de Spinalonga. Bref, que des sujets très actuels !

Spinalonga depuis Plaka, 1903

Lecture de confinement

Vous avez pensé que vous alliez enfin pour vous atteler à lire la Recherche du temps perdu et misère vous voilà à revoir pour la 3ème fois cette vidéo du chien qui fait du yoga (elle était quand même super bien cette vidéo) ? Alors on revoit ses ambitions à la baisse et on se plonge dans L’île des oubliés de Victoria Hislop paru en 2005, elle a pas gagné le Nobel de littérature mais vous le finirez plus vite qu’une série Netflix. 

Et si vous vous demandez comment se procurer ce chef d’oeuvre sans passer par Amazon, Alléluia, vous trouverez la réponse en cliquant ici.  Et le lien direct pour les parisiens.

Le quatre à la suite !

Rien de mieux qu’un peu de mer agitée pour mettre de la distance avec une population d’indésirable.

Devinerez vous qui se cache derrière ces descriptions ??*

#1
Île de 9 hectares, je dois mon nom aux pélicans à qui je servais de refuge. Forteresse militaire, prison militaire puis prison de haute sécurité jusqu’en 1963, j’accueille aujourd’hui plus d’un million de touristes tous les ans. Burt Lancaster et Clint Eastwood ont marqué mon histoire et je reste la plus mythique des prisons. Située dans la baie de San Fransisco, je suis, je suis…

#2
De forme oblongue, je mesure 68 mètres de long dans l’axe sur 31 mètres de large. Gouffre financier, ma construction dura 53 ans et coûta la vie à de nombreux ouvriers et matelots. Longtemps surnommé « fort de l’inutile » par les locaux, c’est désormais Félindra et Passe-partout qui font ma renommée. Situé entre l’île d’Aix et l’île d’Oléron en Charente-Maritime, je suis, je suis…

#3
Édifiée sur les ordre de François premier en 1527, je suis une forteresse française rentrée dans l’histoire et la littérature. Ma construction carrée de trois étages ne paye pas de mine mais mes trois tours rassemblaient une puissance de feu considérable, faisant de moi une puissante citadelle. Puis je sers de prison pendant près de 400 ans. Dans l’archipel du Frioul, au centre de la rade de Marseille, mon plus célèbre prisonnier est Edmond Dantes. En mon sein, il rencontre de l’Abbé Faria avant de s’échapper et devenir le Compte de Monte Cristo. Je suis, je suis…

#4
Île de près de 13 hectares, dont la grande partie a été crée artificiellement, je forme un U pour accueillir les bateaux. D’abord appelée Fort Gibson, je fus l’entrée principale des immigrants qui arrivaient aux États-Unis entre 1892 et 1954, dont Vito Corleone qui m’aperçu depuis son bateau. Ile entrée dans la légende située à l’embouchure de l’Hudson à New York, je suis, je suis…

* Ce jeu se joue en imitant la voix de Julien Lepers, évidemment

PS : Logo « Questions pour un confiné » réalisé par mes soins. Vous en pensez quoi ?

RÉPONSES :

#1 – Alcatraz

Je vous recommande d’ailleurs le podcast d’Affaires sensibles sur le sujet !

https://www.franceinter.fr/emissions/affaires-sensibles/affaires-sensibles-03-janvier-2018

#2 – Fort Boyard 

#3 – Château d’if 

#4 – Ellis Island 

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