Un corps de dieu grec

Été olympique oblige, Adravasti met le sport à l’honneur. Alors aujourd’hui nous discutons musculation !

Il se trouve que je connais un peu l’univers de la « muscu » car l’un de mes cousins est, justement, ce qu’on appelle dans le jargon un « coach ». Pas du genre à vous hurler dessus, plutôt le genre bienveillant et… incollable sur tout ce qui touche à la nutrition. Mais quand on demande autant à son corps, logique de prêter une attention toute particulière à ce qu’on met dedans, non ? 

Après ce que vous lirez ci-dessous, vous comprendrez pourquoi les adeptes de la salle de sport vouent, comme moi, une vraie passion pour l’huile d’olive. 

Voici les quatre raisons pour lesquelles huile d’olive et musculation font bon ménage. 

Les tablettes de chocolat de l’Hercule Farnèse de Lysippe (IVème siècle av. J.-C.).

Raison n°1 : Des kilocalories à ne plus savoir qu’en faire 

Faire du muscle, ça demande beaucoup, beaucoup, d’apport calorique. Donc autant les consommer le plus rapidement possible, ça laisse du temps pour pousser de la fonte. 

Justement, l’huile d’olive, ce n’est que du gras. Oui, 100% de lipides. Ce qui m’a d’ailleurs toujours fait rire quand je rédige l’obligatoire « tableau nutritionnel européen » sur le côté du bidon. 

Valeurs nutritionnelles pour 100g : 

Gras : 100g
Toutes les autres catégories : 0g

En conséquence, si vous vous amusez à boire un demi-verre d’huile d’olive au réveil, soit 100ml, vous aurez du même coup ingurgité pas moins de 900kcal. Pour la plupart d’entre nous, c’est beaucoup. Mais pas pour l’acteur américain et ancien catcheur Dwayne « The Rock » Johnson  (qui était accessoirement l’acteur le mieux payé d’Hollywood en 2020 pour la deuxième année consécutive) capable d’avaler 6 000 calories…. en un seul repas. 

Abdominaux latéraux et vascularisation chez le Discobole de Myron (450 avant JC).

Raison n°2 : L’amie des tubes digestifs

On dit que l’huile d’olive est un aliment eupeptique, du grec εὖ (eu) « bon » et πεπτικός (peptikos), « digestif ». Cela signifie qu’elle facilite la digestion. Pour un sportif, il s’agit donc de calories propres, de celles qui apportent de l’énergie sans en retirer en sous-main, vous forçant à la sieste après le repas. 

Comment ? Consommée à jeun, l’huile d’olive accélère les contraction de la vésicule biliaire. Ce qui est pratique puisque la vésicule produit justement une bile qui facilite la digestion des graisses. Et ce n’est pas tout ! Parce qu’elle lubrifie toutes les parois par où elle circule, l’huile d’olive assouplit tout le système digestif. On lui dit merci. 

L’impressionnant V abdominal, que l’on appelle aussi « ceinture d’Apollon » du Doryphore de Polyclète (440 avant JC).

Raison n°3 : La blessure reste au vestiaire

Quand on passe beaucoup de temps à faire des « développé couché », la déchirure musculaire n’est jamais loin. Ça tombe bien, l’huile d’olive est bourrée d’oléocanthal aux propriétés anti-inflammatoires. Non, l’oléocanthal n’est pas la rencontre entre l’olive et notre fameux fromage du massif central mais un composé organique de l’huile. Je vous épargne le dessin de sa molécule chimique et je passe plutôt à l’histoire, assez jolie, de sa découverte. Alors que le biologiste américain Gary Beauchamp participe à une dégustation d’huile d’olive en Sicile, il est frappé par la sensation poivrée qu’il ressent dans la gorge. Ce petit picotement* lui est étonnamment familier. Après quelques instants d’hésitation, il n’a plus de doute : c’est le même que celui provoqué par l’ingestion d’ibuprofène liquide, le médicament anti-inflammatoire bien connu sur lequel il travaillait dans le passé. De retour dans son labo, il consacre plusieurs années à démontrer le lien entre l’huile d’olive et la lutte contre l’inflammation. 

Depuis, ses travaux ont été validés par de très nombreux scientifiques et athlètes du monde entier qui utilisent l’huile d’olive pour récupérer après un effort musculaire. 

Deltoïdes et pectoraux du prêtre (oui oui, c’est un prêtre) troyen Laocoon, Groupe du Laocoon (40 avant JC).

Raison 4 : Accepter de perdre pour mieux gagner ? C’est non**

Pour faire du muscle, il ne suffit pas de produire du muscle nouveau, il faut aussi s’assurer de ne pas perdre le muscle existant. Notre corps passe en effet son temps à dégrader les composés chimiques de notre corps, les fibres musculaires notamment, pour produire de l’énergie. Énergie utilisée, au hasard, pour faire des tractions.

Justement, le professeur-chercheur en nutrition Douglas S. Kalman affirme que l’huile d’olive agit comme un nutriment anti-catabolique. C’est à dire comme un agent spécial en mission pour sauver les protéines musculaires. Je ne rentre pas plus dans le détail parce qu’il faudrait que je vous parle d’une sombre protéine cellulaire qui répond au doux nom de « TNF-α » mais croyez le sur parole : les abdos-fessiers c’est bien, accompagnés d’un peu d’huile d’olive, c’est mieux.
Vous êtes convaincu.e ? Et pourtant je ne vous ai même pas parlé des tonnes d’anti-oxydants qui luttent contre le vieillissement des cellules, de la vitamine A très utile dans l’entretien des fibres musculaires, de la vitamine C pour l’énergie…

D’ailleurs, le lien entre préparation physique et huile d’olive ne date pas d’hier. Dans les gymnases de la Grèce Antique, les jeunes éphèbes se frottaient le corps d’huile d’olive et de sable avant les entrainements pour se protéger du soleil. Puis, elle était utilisée comme huile de massage pour soulager leurs muscles endoloris. Le spécialiste de l’épigraphie, l’étude des inscriptions gravées, et de l’histoire hellénistique, le bien-prénommé Olivier Curty a même découvert que certains gymnases pouvaient fermer leurs portes plusieurs mois pour cause de pénurie d’huile. C’est dire son importance dans le rituel sportif antique. 

En conclusion, à l’intérieur ou à l’extérieur, une chose est sûre : en ces temps pré-olympiques, l’huile d’olive ne peut faire que du bien. 

* que l’on appelle aussi l’ardence 
** Point de vue partagé par Kylian Mbappé

Un gars, une fille

(et toute une nation qui n’y croyait plus)

Cette édition 2021 de Roland Garros est à marquer d’une pierre blanche (et bleue). Non seulement Stéfanos Tsitsipás a atteint la finale mais sa compatriote Maria Sakkari est, quant à elle, arrivée en demi-finale du tournoi*. Une première des deux côtés.  

« Un moment fantastique pour le tennis grec » dira-t-elle en conférence de presse. C’est peu dire ! Car précédemment, la Grèce s’était plutôt illustrée par son absence dans les tournois du Grand Chelem. 

Oui, il y a bien eu Pete Sampras, ce « grec d’Amérique » et le colérique Marcos Baghdatis né à Chypre d’une mère grecque… Mais on doit l’avouer, les résultats n’étaient pas glorieux pour une nation qui s’est tant de fois illustrée dans les sports d’équipe. 

Pourtant, tout avait bien commencé. À l’occasion des premiers Jeux Olympiques de 1896, est construit à Athènes l’un des tous premiers clubs de tennis au monde, L’Athens Lawn Tennis Club. Mais rapidement, les espoirs d’en faire un centre de formation pour jeunes sportifs laissent la place à un lieu de rassemblement pour riches expatriés. Un petit sursaut s’observe dans les années 1980 avec la création du tournoi ATP d’Athènes sur terre battue, en 1986. Mais dès 1990, les organisateurs renoncent au tournoi féminin… avant de renoncer tout court en 1994. Depuis, c’est la dégringolade. Une fédération corrompue, discréditée, portée un président magouilleur et une totale incapacité à faire émerger des talents. 

Jusqu’à l’arrivée de nos deux cracks.

Comment explique-t-on leur ascension ? Il semble malheureusement que la réponse se trouve plus du côté de leur parcours individuels que celui d’une politique nationale efficace. D’un côté Tsitsipas est le fils d’une joueuse de tennis pro d’origine russe, qui a converti son Grec de mari au sport avant d’emmener, à deux, le petit Stefanos sur les cours dès l’âge de trois ans. De l’autre, Maria est la fille d’Angelikí Kanellopoúlou, ancienne pro et 43ème au classement WTA en 1987, à la grande époque de la création du tournoi d’Athènes justement. Elle-même étant la fille de Dimítrios Kanellopoúlos, joueur de tennis professionnel au parcours moins flamboyant. Peu dire que ces deux là sont dotés d’un patrimoine sportif qui jouait sacrément en leur faveur. 

Mais qu’importe ! La Grèce capitalise désormais sur leurs stars qui ouvrent la voie à toute une génération, à commencer par Pétros, le petit frère de Stéfanos de 20 ans, actuellement numéro 920 mondial. Rendez-vous pour les JO de Tokyo ou nous retrouverons Maria et Stefanos, en double mixte, s’il vous plait !