Le fordisme, version crétoise

Une fois la récolte achevée, l’huile est stockée dans de grandes cuves pouvant accueillir jusqu’à cinq mille litres chez notre producteur, Manolis Lantzanakis à Achladia. Nous la laissons reposer quelques semaines puis, le laborieux travail d’embouteillement peut commencer.

Dans son atelier, pas de tapis roulant façon Coca-Cola company, pas de bras articulés ou machines impressionnantes : nous embouteillons chaque bidon un à un, grâce à une machine réglée pour verser un litre précisément. Puis, avec le pouce, ou les deux, on ferme le bidon grâce au bec verseur. 

En général, nous sommes trois : Manolis, sa mère Georgia et moi. Chacun prend un poste et la chaine de production se met en place.

Au travail, Georgia est inarrêtable : sur la gauche, elle commence à organiser les bidons vides et avant que vous ayez eu le temps de tourner la tête, elle se tient à votre droite, une pile de carton dans les bras. Et quand elle a pris trop d’avance sur Manolis et moi, elle s’éclipse pour revenir avec une assiette de fruits coupés et de kourabiedes, ces gâteaux secs terriblement sucrés et délicieux qu’elle fait elle même, vous vous en doutez. Manolis, lui, aime prendre en charge l’embouteillement que vous voyez ci-dessous, prétextant qu’il faut parfois vérifier les réglages de la machine. Il s’agit en fait de faire glisser les bidons vides devant l’embouteilleur et d’appuyer sur le bouton. Sa mère me regarde alors d’un air entendu et m’adresse un clin d’oeil pour signaler qu’elle n’est pas dupe. Ce poste est en effet le seul que l’on peut faire assis, je vous laisse tirer vos propres conclusions. De mon côté, armée d’un dévidoir, cet instrument fort pratique qui permet de coller du scotch d’un simple coup de poignet, je monte les cartons qui accueillerons bientôt les bidons pleins, je remplis les cartons, j’organise la palette…. tout en discutant de politique avec Manolis ou de tatouage avec Georgia, tendance qu’elle désapprouve fortement.