Liaisons dangereuses

Détail du Jupiter et Callisto de Rubens

Le 31 octobre dernier, un prêtre un prêtre orthodoxe Grec, Nikos Kakavelakis était attaqué devant son église du VIIème arrondissement de Lyon. Deux jours seulement après l’attentat de la basilique de Nice, la France entière craignait une nouvelle attaque terroriste. Depuis, vous aurez remarqué que les informations concernant l’affaire se sont faites plus discrètes. Et pour cause ! Pas de djihad à l’horizon mais un simple dépit amoureux. Ce soir là, l’attaquant venait d’apprendre que l’ecclésiastique entretenait une relation adultère avec sa compagne et décidait de régler ses comptes en personne. Le Parisien nous prévient : « Le parquet national antiterroriste ne s’était pas saisi des faits au regard de ces éléments et de la personnalité de la victime, qui était connue pour sa vie personnelle agitée. » Si on lit plus en détail les différents témoignages, on comprend qu’il s’agit d’un euphémisme. Le terme « tragi-comique » semble avoir été inventé précisément pour cette actualité… Mais rassurez-vous, après avoir passé quelques jours dans le coma, notre père Crétois (comme son nom l’indique*) s’est réveillé et se porte bien.

L’infidélité passionne les Grecs depuis toujours. La mythologie en est particulièrement friande à travers notamment les nombreuses aventures extra-conjugales de Zeus, immanquablement suivies de la vengeance de son épouse, Héra. En voici une liste non-exhaustive :

  • Zeus se métamorphose en Artémis pour approcher la nymphe Callisté. Pour échapper à Héra, il la transforme en ours mais celle-ci est alors chassée par Artémis, qui ne reconnait pas sa fidèle suivante. 
  • Zeus se transforme en Amphitryon pour faire l’amour avec sa femme, Alcmène. Une fois que son roi de mari comprend la supercherie, il tente de brûler vive son épouse, sauvée de justesse par Zeus dont la pluie éteint le bucher.
  • Zeus se change en nuage pour s’unir à Io, une des prêtresses d’Héra. Elle est changée en génisse blanche pour la protéger de la terrible épouse. 
  • Zeus prend l’apparence d’un aigle pour séduire Sémélé…avant de la foudroyer en se révélant à elle.
Dans son oeuvre Diane et Callisto réalisée en 1744, François Boucher nous présente l’immense tendresse partagée entre Callisté et celle qu’elle pense encore être Artémis…

Bref, les histoires d’amour de Zeus ça finit mal, en général surtout pour celles dont il est amoureux. Mais laissons Zeus un instant et intéressons nous plutôt à un autre triangle amoureux, celui composé d’Aphrodite, d’Arès et d’Héphaïstos


On ne présente plus, Aphrodite. Déesse de la beauté et de l’amour, protectrice de Troie pendant la guerre du même nom, elle est aussi une des plus anciennes divinités Grecques. Héphaïstos, lui, ne bénéficie pas des mêmes atouts. Dieu de la forge, il est un des seuls enfants d’Héra. À sa naissance, sa mère horrifiée d’avoir enfanté un être si laid le jette du haut de l’Olympe. Une manne pour les psychologues de l’Antiquité. Il est élevé en cachette par les divinités Thétis et Eurynomé qui lui transmettent l’art de la forge. Pour se venger de sa mère, il construit un trône sublime qui emprisonne quiconque s’y assoit. Héra tombe dans son piège et nul ne parvient à la libérer. D’abord décidé à la laisser ainsi emprisonnée, Héphaïstos finit par accepter de se rendre sur l’Olympe après avoir été enivré par Dionysos. En échange de la liberté de sa mère, il exige la main de la plus belle de toutes : Aphrodite. Zeus n’a alors d’autre choix que d’exaucer son voeux. 

Aphrodite et Arès, peinture murale de Pompeï que l’on peut admirer au musée de Naples. 

C’est l’Odyssée, au chant VIIII qui nous relate la suite. Alors qu’Héphaïstos passe toutes ses nuits dans la forge à façonner armures et bijoux, Aphrodite en profite pour accueillir dans leur lit son amant, le bel Arès. Dieu de la guerre et de la destruction, il est avec sa maitresse Aphrodite, protecteur de Troie dont il est le premier chef de guerre. Toutes les nuits, les amants se retrouvent. Arès demande à son serviteur Alectryon de surveiller le lever du soleil pour éviter d’être surpris par Hélios. Mais une nuit, las de cette mission fastidieuse le jeune éphèbe s’endort permettant Dieu Soleil de découvrir Aphrodite et Arès enlacés dans le lit conjugal. Outré, il s’empresse de tout raconter au mari trompé. Pour se venger (décidément !), Héphaïstos construit un filet en or aussi robuste que délicat. Il l’installe au dessus du lit et annonce à son épouse son départ pour Lemnos. À peine a-t-il tourné les talons qu’Arès se faufile jusqu’à son amante. Mais une fois les deux tourtereaux enlacés, le filet tombe sur eux. Pris au piège dans leur plus simple appareil, la déesse et le dieu supplient Héphaïstos de les libérer. Celui-ci préfère convoquer tout l’Olympe pour rire des deux amants. À la suite de cet épisode, Aphrodite s’exile à Rhodes et Arès, s’enfuit de son côté en Thrace sans oublier auparavant de punir Alectryon. Pour sa négligence, il est transformé en coq, forcé à chanter à chaque apparition du soleil…

* Les patronymes crétois se reconnaissent au suffixe « akis », imposé par l’occupant Ottoman au XVIIème siècle