Confinés dans l’huile – Épisode 5

Heure d’été cette semaine, passage de l’hiver au printemps il y a dix jours sans compter ma grand-mère qui m’a encore dit hier qu’il “y’a plus de saisons”. Bref, on ne pouvait imaginer un meilleur moment pour vous parler d’un de mes mythes préférés, celui du rapt de Perséphone par Hadès et la création des saisons.

Sur une plaine ensoleillée,
narcisses blanches et nymphe Cyané…

Perséphone (Περσεφονη), souvent appelé Coré (Κόρη, la jeune fille), est la fille de Demeter (Δημήτηρ, composé de μήτηρ, la mère), déesse de l’agriculture et de la fertilité et de Zeus. 

Alors qu’elle cueille des narcisses avec la nymphe Cyané dans la plaine d’Enna, en Sicile, Perséphone est enlevée par Hadès, le dieu des Enfers, qui surgit soudainement des entrailles de la Terre sur son char tiré par ses chevaux bleu nuit.

La nymphe Cyané tente de s’interposer mais d’un coup de sceptre, Hadès disparait de la surface terrestre et emporte Perséphone avec lui. Terrassée par le chagrin, Cyané, en larmes, se transforme immédiatement en fontaine. C’est comme cela que la pauvre Perséphone rentre dans la longue tradition des femmes capturées et abusées de la mythologie grecque*.

Avant de disparaître, Perséphone a juste le temps de pousser un cri. 

Terre cuite datant du 1er siècle avant JC découverte en Asie Mineure représentant Démeter et Perséphone. On y perçoit l’immense tendresse qui unit la mère et sa fille.

Pendant neuf jours et neuf nuits, Demeter, sous les traits d’une vieille femme crétoise, cherche sa fille adorée dans le moindre recoin. Pleine de fureur, elle quitte l’Olympe et délaisse les champs et les cultures. Selon l’hymne homérique à Déméter, seul.e.s Hécate, la déesse de la Lune et Helios, la personnification du Soleil, ont entendu le cri de Coré. Démeter, se rend justement auprès d’Hélios qui lui confirme l’insupportable nouvelle : inutile de remuer ciel et terre plus longtemps car c’est aux Enfers que sa fille est cachée !

Sans la protection de la plus fertile des déesses, plus rien ne pousse, le bétail meure et très vite, la famine ravage la Terre. 

Les dieux s’en inquiètent à commencer par Zeus, complice du rapt de la jeune Perséphone. Toujours soucieux du sort des mortels, le roi de l’Olympe souhaite trouver une issue au conflit qui oppose Hadès et Démeter.

Il envoie donc Hermès dans le monde souterrain pour exiger d’Hadès qu’il rende Perséphone. N’osant s’opposer trop frontalement à son frère tout puissant, Hadès tente une habile manipulation : il acceptera de renvoyer Perséphone à condition qu’elle n’ait pas goûté à la nourriture des morts. Quand elle lui affirme qu’elle n’a rien touché depuis son terrible enlèvement, Hadès, pris à son propre piège, n’a d’autre choix que de la laisser partir. 

Détail du Rapt de Proserpine du Bernin, 1624.

Mais hélas ! Au moment où Perséphone s’apprête à quitter les Enfers, Ascalaphos assure l’avoir vu manger un grain de grenade. Dans la version d’Ovide, pour le punir de cette odieuse délation, Démeter le transforme en chouette**. Pour un seul grain de grenade, Perséphone est condamnée à ne plus voir la lumière du jour…

Démeter est inconsolable et la famine continue de faire rage. Bien embêté, Zeus propose alors le compromis suivant : Perséphone passera la moitié de l’année sur Terre avec Déméter et l’autre aux Enfer avec Hadès. Six mois par an, notre jeune Coré qui aimait cueillir les fleurs avec les nymphes sous le soleil de Sicile se métamorphose en cruelle reine des Enfers. Elle est souvent représentée auprès de son mari, tenant un pavot dont les vertus soporifiques symbolisent le sommeil annuel de la nature car nous tenons ici l’explication des saisons : Perséphone, aux côtés de son mari, rien ne pousse et rien ne fleurit : c’est l’automne et l’hiver. Mais dès qu’elle retrouve sa mère, les cultures reprennent, c’est le printemps et l’été.

Le Rapt de Proserpine, Rembrandt, 1631

* Nos pensées à Cassandre, Daphné, Danaé, Callisto, Méduse…
** Confirmant que «snitches get stitches»  

Pour les complotistes d’entre vous

Les amateurs de Martis remarqueront que cette histoire rejoint celle de nos petits bracelets rouge et blanc.

Détail de la grande stèle des mystères d’Éleusis, ou relief de l’initiation, découverte à Éleusis en 1859. Elle représente Démeter, à gauche qui donne un objet mystérieux au jeune roi d’Éleusis Triptolème sous les yeux de Perséphone, à droite. 

Nikolaos Politis, pionnier de l’étude des folklores grecs, lie la coutume des Martis aux origines mystérieuses au mythe de Déméter, la déesse de la terre. Alors que Démeter est à la recherche de sa fille, elle arrive déguisée en mendiante dans la ville d’Éleusis, près d’Athènes. Malgré son apparence modeste, le roi Céléos la reçoit avec respect et lui offre du vin et du fromage. Pour le remercier, elle lui enseigne l’art de l’agriculture et l’initie à ses “Mystères”. C’est  le point de départ d’une tradition, les fameux Mystères d’Éléusis, qui devient une des fêtes les plus célèbres et énigmatiques de la Grèce antique. Castors & Pollux, les fondateurs de Rome, ou encore le philosophe Hippocrate (et Beyoncé aussi, selon moi) auraient fait partie des initiés.
On sait peu de choses des rituels respectés au cours de cette fête hormis que ses initiés portaient un bracelet rouge et blanc à leur main droite…

Pourquoi la tartine qui tombe atterrit-elle
toujours du côté où se trouve la confiture ?

On appelle mythe étiologique un mythe qui cherche à expliquer l’origine d’un phénomène naturel, ou la création d’un être ou d’une chose. La création des saisons par exemple ! Ovide en était particulièrement friand et on trouve de nombreux dans ses Métamorphoses.


Trouverez-vous lequel de ses phénomènes n’a pas été expliqué par Ovide ? *

1. Pourquoi nos voix forment un écho ?

2. Pourquoi le vernis sur les doigts de pieds tient beaucoup plus longtemps que sur les mains ?

3. Pourquoi les araignées tissent un fil ?

4. Pourquoi Nicolas et Carla sont-ils tombé.e.s amoureux ?

5. Pourquoi le plumage du paon semble dessiner des yeux ?

LES RÉPONSES

Pourquoi nos voix forment un écho ?

Nymphe des montagnes, Echo est condamnée à ne plus pouvoir parler, sauf pour répéter les derniers mots qu’elle avait entendus par Héra après que cette dernière eut compris qu’Écho couvrait les infidélités de Zeus en embarquant Héra dans d’interminables récits qui l’empêchaient de prendre son époux sur le fait.

Pourquoi les araignées tissent un fil ?

Jeune fille de Lydie en Asie Mineure, Arachné provoque la colère d’Athéna quand elle lui affirme qu’elle est la meilleure tisseuse du monde, meilleure même que la déesse. Afin de lui prouver sa supériorité et la punir de son arrogance, Athena organise un concours. Tandis que la déesse choisit d’illustrer sa broderie des dieux de l’Olympe et dans les coins les mortels présomptueux, la jeune fille, elle, représente les dieux en proie à des comportements honteux, notamment Zeus avec ses nombreuses amantes illégitimes. Le tissage est parfait mais jalouse et furieuse, Athena déchire l’ouvrage d’Arraché. Ainsi humiliée, la mortelle se pend. Pleine de remords, Athena offre alors une seconde vie à à Arachné, mais cette fois-ci en araignée suspendue à son fil, pour qu’elle puisse tisser pour l’éternité.

Pourquoi on ne peut rien faire contre l’amour ?

Amoureuse ? Amoureux ? Ne chercher plus si c’est ce petit nez retroussé qui vous a séduit ou cette culture encyclopédique. C’est tout simplement ce cher Cupidon, fils d’Aphrodite, qui vous a touché d’une de ses flèches ! Si Carla n’a rien pu faire, vous non plus.

Pourquoi le plumage du paon semble dessiner des yeux ?

Héra confia à Argos, géant doté de cent yeux, la surveillance d’Io, prêtresse du temple d’Héra, qu’elle soupçonne d’entretenir une relation avec Zeus, son mari. Ce dernier confie alors à Hermès la mission de tuer le géant. Hermès l’endort en lui chantant une longue chanson accompagnée de sa lyre et profite de son sommeil pour lui couper la tête. Pour honorer sa mémoire, Héra récupère alors ses yeux et s’en servit pour garnir la queue de son animal favori, le paon.

 * On m’a indiqué que mes jeux de la lettre 3 étaient trop durs, je m’adapte donc à mon lectorat 😉  

Le rapt de Perséphone, le florilège

Ce mythe, je ne suis pas la seule à l’aimer. Sujet classique s’il en est, il inspire les artistes depuis plus de deux mille ans ! Je vous ai concocté un florilège de ses représentations du Bernin à Rembrandt en passant par Dürer : 

Sarcophage romain en haut-relief en marbre,

2ème siècle après JC 

Albrecht Dürer, 1516

Nicolo dell’ Abate, 1570

Le Bernin, 1624

Cette statue du Bernin, j’ai eu la grande chance de l’admirer à la villa Médicis à Rome. La détresse de Perséphone, le geste violent et charnel d’Hadès, la rage du cerbère aux trois tête dissimulé ici, tout y est magnifique.

Les larmes de Perséphone

La force d’Hadès

Rembrandt, 1631 

Simone Pignoni, 1650 

Frederic Leighton, 1891

John William Waterhouse, 1912

La jeune fille et la mort, ballet de Stephan Thoss, 2015

Confinés dans l’huile – Épisode 4

Quelle meilleure occasion de prendre un peu soin de nous que ce confinement ?

Si c’est l’aspect culinaire qui monopolise d’habitude mon attention, l’huile possède aussi de nombreuses qualités cosmétiques.  Alors on sort de son pyjama et on apprend deux trois choses au passage. 

Les corps (nus et huilés) à l’Antiquité 

Au bain ! 

Chez les grecs de l’Antiquité, la beauté passe avant tout par la propreté. Les demeures les plus riches possèdent leurs propres salles de bain, alimentées en eau par les aqueducs, voire des thermes privés pour les plus vastes domaines et pour les autres, les thermes publics sont omniprésents en ville. Verdict : confiné.e ou pas, on file sous la douche. 

Des corps huilés

Intérieur d’une coupe. Un athlète verse de l’huile dans sa main alors qui se prépare pour l’exercice, 510 avant JC

Ceux qui prennent le plus le soin de leur corps, ce sont les athlètes. Avant les exercices, ils se lavent à une fontaine puis se frictionnent d’huile d’olive pour éviter les accidents musculaires. Souvent, ils mélangent l’huile à du sable avant de s’en recouvrir pour se protéger du froid, du soleil et des coups portés. L’huile est gardée dans des amphores en terre cuite. Pendant les prestigieuses Panathénées, les jeux d’Athènes, des amphores sont offertes aux vainqueurs sur lesquelles est le plus souvent représentée Athena, elle qui avait justement offert un olivier à la ville qui porte son nom.

Athena couronne le vainqueur d’un match de boxe. 363 avant JC

Tous nus et tous bronzés 

N’importe quel enfant lâché au Louvre l’aura vite remarqué : les grecs s’embarrassaient assez peu de textile.  Mais attention, la nudité n’est pas pour tout le monde. Les femmes restent couvertes quand les corps des hommes se dévoilent comme on le voit sur cette amphore du 4ème siècle avant JC. 

Boxeurs nus couronnés par Olympia, habillée sur la gauche, 340 avant JC

À l’inverse de notre époque moderne, c’est sur les jeunes hommes que la pression sociale de l’apparence s’exerce. Sans toge pour cacher ce petit bourrelet acquis lors du dernier banquet, il n’est pas question de se laisser aller, d’autant plus que les normes esthétiques sont sévères : on les veut minces, élancés et le muscle saillant s’il vous plait !

Pour les grecs, être nus, c’est accéder à une forme supérieure de civilisation. D’ailleurs, seuls les citoyens peuvent avoir cet honneur. La nudité athlétique est au grec ce que le dernier iPhone est au californien du XXIème siècle : une certaine idée du progrès.  

Voici ce qu’en dit Platon dans sa République :

– Il n’y a pas si longtemps qu’aux yeux des Grecs certaines choses paraissaient honteuses et ridicules, qui le sont encore aujourd’hui aux yeux de la majorité des Barbares, à savoir que les hommes se laissent voir nus. Rappelons que, lorsque les Crétois, les premiers, et ensuite les Lacédémoniens se mirent à pratiquer nu, les policés de ce temps avaient quelque droit de railler toutes ces nouveautés ; ne le crois-tu pas ?
– Si.
– Mais lorsqu’en s’exerçant ils s’aperçurent qu’il était préférable de se dévêtir que de demeurer vêtu, même ce qui semblait ridicule à leurs yeux disparut devant ce que les arguments révélaient comme ce qu’il y a de meilleur. 

Beaux et belles comme des dieux


Fini la théorie ! Voici trois idées pour vous chouchouter à la grecque.

1. Un gommage pour la peau 

Détail de la Venus/Aphrodite de Milo, 2ème siècle avant JC

Le corps sexuellement idéal, pour le Grec de l’Antiquité, est un corps jeune à la peau éclatante, douce et lisse comme celle des statues de bronze qui étaient entretenues polies et brillantes pour rester lumineuses et douces au toucher. 

Alors pour se la jouer statue grecque, on suit le programme suivant : 

Ingrédients : 
– Deux cuillères à soupe de sucre fin
– Deux cuillères à soupe d’huile d’olive (ou amande douce ou macadamia)
– Une cuillère à soupe de miel liquide
– Un demi citron (qui cicatrise les petits boutons)

Appliquez  le gommage sur peau humide pour les peaux sensibles, en réalisant des mouvements circulaires et en insistant au niveau des genoux, coudes et talons, puis rincez à l’eau claire.

2. Un masque pour les cheveux 

Détail de Dionysos avec Panthère et Satyre, 2ème siècle après JC

Ingrédient :
– Huile d’olive 

On démêle les cheveux s’ils sont longs et on applique l’huile petit à petit en commençant par la racine. Avec un peigne, on applique l’huile jusqu’aux pointes et on laisse poser sous une serviette chaude si possible ou un torchon (vous allez avoir des taches de gras !). Habituellement, je vous aurais conseillé de le garder toute la nuit mais grâce au confinement, vous pouvez le faire en pleine journée. L’astuce : mettre un bonnet de bain de piscine et hop, on peut vaquer à ses occupations ! 

Bonus : Ça marche aussi pour les barbes (qui sont j’imagine de plus en plus fournies !) 

3. Un soin pour les ongles

Détail de l’aurige de Delphes, ou Hêniokhos (du grec ἡνίοχος, « qui tient les rênes ») 478 avant JC

Ingrédients : 
– Huile d’olive 
– Quelques gouttes de jus de citron 

Massez vos ongles chaque soir avec de l’huile d’olive et quelques gouttes de citron connu pour ses propriétés blanchissantes. L’huile d’olive donnera un aspect brillant à vos ongles et assouplira vos cuticules, que vous pourrez plus facilement repousser par la suite.

Venez vous enivrer de la douceur étrange
De cette après-midi qui n’a jamais de fin ! 

… dirait Baudelaire pour parler de ce qui nous arrive. 

Raymond, un parrain d’olivier, a lui aussi pris sa plume pour répondre à ma dernière lettre. Je vous laisse en profiter : 

Vous ne rêvez pas, oui, il s’agit bien d’un sonnet en alexandrins ! Alors bravo et merci à lui pour ce cadeau qui fut un vrai rayon de soleil dans mon confinement.

Et en Grèce ?

On m’a demandé de faire un point sur la situation en Grèce.

Les grecs se sont confinés assez tôt, dès le 10 mars quand il y avait moins de 100 cas sur le territoire, et comptent encore peu de malades et de morts (environ 1000 cas confirmés et moins de 30 morts au moment où j’écris). Il y a néanmoins deux sujets d’inquiétude : l’état de l’hôpital public grec tout d’abord, terrassé par les politiques d’austérité, et les camps de migrants, notamment celui de Lesbos où le virus pourrait faire des ravages. 


J’échange régulièrement avec nos producteurs crétois. La proximité de la nature et le bon air crétois leur permettent de ne pas souffrir autant que nous du confinement. Cependant, Manolis, notre producteur d’huile d’olive, craint pour l’avenir économique de son pays qui panse encore les plaies d’une crise terrible. Il est aussi inquiet du gel des commandes d’un de ses clients allemand qui constitue, avec nous, un de ses plus gros comptes. Brigitte, la productrice de savon est, elle, très occupée par l’école à la maison de ses deux filles. En famille, ils profitent de ce moment suspendu pour planter des graines, les regarder pousser et savourer encore un peu plus le luxe inouï d’être entourés d’une nature si belle.

Pour finir, l’hymne “on reste chez nous” (“Θα κάτσω σπίτι”) chantée par des célébrités grecques, qui m’a été partagée par une de nos marraines, Cécile !

Chouchoutez vous bien et à très vite, 

Manon

Confinés dans l’huile – Épisode 3

Fini la déprime pour cet épisode trois !

Au menu : des jeux, des jeux et encore des jeux. Vous avez des ados à la maison ? J’ai pensé à vous. Vous aimez vous creuser la tête ? Il y en a aussi pour vous.

1er jeu :
Mythologies modernes


On finit par le film en question : 

Merci à Manuel pour son savoir illimité, surtout quand il s’agit de cinéma d’action américain 🙂 

Réponses :

A-6-β, B-5-ζ, C-4-δ, D-3-γ, E-2-α, F-1-ε

2ème jeu :
Rébus mythologiques

Trouverez vous ces divinités qui se cachent derrière ces rébus ??

#1 

  • Mon premier m’évoque Angela Davis et les Jackson 5
  • Mon deuxième est une addition réalisée Agatha Christie mais bon, aujourd’hui ça ne se dit plus 
  • Mon troisième est une version glottophobe de ma boisson préférée

 “Infortunée que je suis, te voilà encore à mes côtés, pleine de desseins perfides” dira Hélène à mon tout. 

#2 

  • Mon premier dit « Monsieur » en allemand 
  • Mon deuxième est un synonyme de boutons, sans le nez 
  • Le loup n’en avait pas mais il avait tout le temps faim donc l’un dans l’autre… 

Mon tout a un jumeaux qui est aussi son demi-frère, ce qui est, vous l’admettrez, peu courant. 


#3 (l’instant regression)

  • De mon premier, Jean-Marie Bigard adore parler 
  • Mon deuxième est un prout grec 
  • Pour mon troisième, reprendre c’est voler 

Mon tout est très sollicité tous les ans au mois de février

#4

  • Ma première est avocate des droits de l’homme. Elle prend aussi son p’tit dej avec Georges Clooney. 
  • En faisant le lit, ma grand-mère appelait mon deuxième « têtes » et c’est mon erreur de français préférée 

Mon tout, Zeus lui doit la vie !

Assez réfléchi ?

Réponses :

  1. Aphrodite
  2. Herakles
  3. Cupidon
  4. Amalthée

D’ailleurs, en parlant d’Amalthée, fierté crétoise oblige, je vais vous en toucher quelques mots : 

Dans la mythologie grecque et, à l’origine, dans la mythologie crétoise, Amalthée est la mère nourricière de Zeus. On la représente soit sous la forme d’une chèvre qui allaite le Dieu encore bébé dans une grotte de Crète, soit, et le plus fréquemment, sous les traits d’une nymphe qui lui donne à boire le lait d’une chèvre. La chèvre s’étant cassée une corne, Zeus l’offrit à Amalthée, en lui promettant que cette corne se remplirait miraculeusement de fleurs et de fruits : c’est la corne d’abondance. La peau de cette même chèvre fournit plus tard l’armure de Zeus, l’égide. Le dieu plaça Amalthée et l’animal parmi les astres (comme quoi Mufasa n’avait pas tort).

3ème jeu :
Dis le moi en emoji

Retrouvez les mythes grecs qui se cachent derrière ces emoji ! 


#1 –  🦁🐉🦌🐖🐎🐤🐂🐎👸🏻🐲🍏👹

#2 –   👩🏻🌳🧜🏼‍♂️🐎

#3  –  👼🏼⚡️🐏🐝👑

#4 –  💑 ⛵️😴🐎🔥

Et maintenant, à vous !

Traduisez les mythes suivants en emoji : 

  • La naissance de Dionysos de la cuisse de Zeus 
  • Et celle d’Athena, cette fois, du crâne de Zeus
  • Le mythe de Cupidon, fils d’Aphrodite et d’Arès, qui se blesse de sa propre flèche et tombe malencontreusement amoureux de Psychée
  • Et celui de Perséphone, enlevé par Hadès à sa mère Déméter, expliquant l’origine des saisons
  • Sans oublier d’Oedipe, condamné à épouser sa mère et tuer son père, qui résolu l’énigme du Sphinx et libéra Thèbes
  • Ou Thésée, qui a combattu le Minotaure et réussi à sortir du labyrinthe grâce au fil d’Ariane…

Et surtout pensez à me partager vos trouvailles !!


Réponses :

1. Les douze travaux d’Herakles : Tuer le lion de Némée; Tuer l’hydre de Lerne, un serpent à plusieurs têtes; Capturer la biche de Cérynie, une biche ayant la particularité de posséder des pieds d’airain, protégée par Artémis; Capturer le sanglier d’Érymanthe;  Nettoyer les écuries d’Augias en un jour; Tuer les oiseaux du lac Stymphale, qui mangent les hommes; Capturer le taureau furieux de Crète; Capturer les juments de Diomède, qui ont la particularité de se nourrir de la chair des hommes; Rapporter la ceinture d’Hippolyte, reine des Amazones; Tuer le monstre Géryon et voler son troupeau; Prendre les pommes d’or du jardin des Hespérides; Capturer Cerbère et délivrer Thésée des enfer

2. La fondation d’Athènes (voir newsletter #1)

3. La naissance de Zeus et son enfance, nourri et protégé en Crète par la chèvre Amalthée et les abeilles qui butinent pour lui le miel de thym avant de devenir une fois pour toutes roi des Dieux.

4. La guerre de Troie. Hélène et Paris tombent amoureux et partent ensemble à Troie ce qui provoque la colère de Ménélas. Les grecs partent en bateau, tiennent le siège de la ville et finissent pas s’introduire avec un cheval de bois grâce à l’ingénuité d’Ulysse et de brûler la cité.


Réponse : 
¡ ǝƃɐɹnoɔ uoq

Confiné.e.s dans l’huile – Épisode 2

Au sommaire en ce dimanche qui n’a pas du tout l’air d’un dimanche : 

  • Je vous dis tout sur les tamatas, ces jolis ex-voto grecs
  • Une suggestion pour une activité créative en famille : et si vous faisiez vos propres tamatas chez vous ?
  • Sainte Paraskeve ça ne vous dit rien ? C’est le moment pour en savoir plus sur la moins racunière des Saintes

Hakuna Tamata

Depuis l’Antiquité, en Grèce peut être plus qu’ailleurs, les hommes et les femmes n’ont jamais cessé de faire des offrandes à(aux) Dieu(x) pour s’assurer ses(leurs) bonnes faveurs.

Dans les chapelles orthodoxes, vous trouverez des murs entiers recouverts de petits rectangles en métal découpé représentant une personne aimée, des yeux, un bateau ou encore un militaire en uniforme. Ils implorent la renaissance d’un amour perdu, la guérison miraculeuse d’un organe ou le bon retour d’un marin.

Alors que dans la tradition catholique, les demandes intéressées sont symbolisées par un cierge allumé ou une pièce déposée, cette tradition prend en Grèce une forme beaucoup plus visuelle :

Le τάμα (de τάζω, promettre) est ce morceau de métal adressé à Dieu, à un Saint ou une Sainte. Ces petits contrats avec une divinité qui décorent les chapelles cachent mille et une histoires singulières.  Simple précaution, une façon de dire « on ne sait jamais » ou dernier espoir, comme pour se résoudre « si dieu ne peut rien y faire, c’est que c’est bien foutu ». 

J’aime beaucoup m’arrêter sur ces ex-voto naïfs dans les chapelles crétoises et en ces temps troublés, il me reviennent en tête.

Alors on s’y met nous aussi ! En plus, ça nous donne l’occasion d’en faire une super activité créative en famille. 

Tamata de la minuscule chapelle de Xerocampos en Crète, 2016

À vos voeux, prêts, partez

Pas besoin de métal : On prend une feuille de papier, des feutres et du ruban si on en a sous la main et c’est parti !

Proposez à vos enfants de dessiner ceux ou celles qu’ils ou elles veulent protéger, les personnes qui leur manquent ou toutes ces jolies choses que l’on rêve de refaire. En ces temps de confinement, on peut imaginer des tamatas évoquants la mer, des paysages sauvages, le parc d’en bas, un anniversaire plein d’enfants ou un ballon de foot. 

Voici ce que ça donne chez nous. Réalisation d’Achille, 4 ans, très porté sur le football !

Elle vous a à l’oeil

À l’instar de Saint Antoine de Padoue chez les catholiques, Sainte Parascève (en grec Αγία Παρασκευή, littéralement Sainte Vendredi) est certainement la plus sollicitée des Saints et Saintes ! Guérisseuse des aveugles, c’est peu de dire qu’elle doit posséder une une bonne collection de tamata chez elle*.

Parascève naît dans la région de Rome au IIe siècle après JC. Belle et bien éduquée, les prétendants ne manquent pas ! Mais faire un beau mariage est la dernière de ses préoccupations. Elle veut consacrer sa vie au Christ et le dit au et fort… Ce qui n’est pas au goût de l’empereur romain Antonin le Pieux qui la convoque pour lui ordonner de mettre un terme à sa campagne d’évangélisation. On a beau être empereur, tout ne va pas toujours comme on veut : une fois face à elle, il tombe sous son charme et la demande en mariage. Le refus de Parascève signe le début de ses ennuis. Elle est enfermée et torturée mais semble protégée par sa foi. La curiosité autour de cette jeune martyre grandit alors. Pour se débarrasser d’elle une bonne fois pour toutes, elle est jetée dans une marmite d’huile bouillante. Le miracle arrive au bon moment ! Au lieu d’être ébouillantée, elle semble au contraire rafraîchie par le liquide en ébullition. Antonin s’approche pour constater de lui-même cette sorcellerie et c’est là qu’elle en profite pour lui asperger le visage d’huile chaude. Aveuglé, il la supplie de lui venir en aide. Pas rancunière pour un sou, elle accepte et lui rend immédiatement la vue. Antonin la libère mais elle sera de nouveau emprisonnée puis décapitée sous le règne de Marc Aurèle. 

En souvenir de la guérison miraculeuse de l’empereur Antonin, elle est depuis la Sainte protectrice des yeux. 

La Sainte Parascève est célébrée le 26 juillet dans les nombreux villages Grecs qui portent son nom, notamment celui qui se trouve dans la banlieue nord d’Athènes ou sur l’île d’Amorgos dans les Cyclades. Grandes tablées, processions et danses traditionnelles sont au programme !

* on me glisse à l’oreille que, comme beaucoup d’entre vous, elle profite du confinement pour faire le tri dans 19 siècles de tamatas reçus. 

Je vous souhaite à tous d’être protégé.e.s par
tous les Saints et les Saintes du monde !

Un tama maison pour finir me semble approprié 
😉

Confiné.e.s dans l’huile – Épisode 1

Nous y voilà ! À l’image du Minotaure dans son labyrinthe, nous sommes toutes et tous enfermé.e.s chez nous, avec notre attestation sur l’honneur comme fil d’Ariane.

Pour commencer, retournons au commencement, au temps que les moins de 5 siècles avant JC ne peuvent pas connaître : l’antiquité grecque avec l’histoire (huilée forcément) de la fondation d’Athènes ainsi qu’un petit jeu. 

Mythologies de l’olivier

La fondation d’Athènes 

Athéna contre Poséidon
Noël Hallé, 1748
Musée du Louvre

Sous le règne de Cécrops le terrible roi-serpent, premier souverain légendaire d’Attique et fondateur d’Athènes, deux divinités de l’Olympe se disputent pour devenir la marraine ou le parrain de cette nouvelle cité promise à devenir la plus prospère et la plus puissante de toutes : Athena, déesse de la sagesse, de la raison et de la stratégie guerrière, affronte Poséïdon, dieu des mers.

Poséïdon se présente en premier et frappant le rocher de son trident fit apparaitre un magnifique cheval*. Athena, quant à elle, fit naître de la terre un bel olivier. 

Plus plusieurs versions du mythes co-existent :

  • La version « c’est ma ville, c’est moi qui choisit » 

Cécrops choisit Athena, dont le présent est le plus utile. Simple, basique.

  • La version « et à  la fin, c’est les hommes qui gagnent »

Selon la variante de Varron, Cécrops soumet le choix à une assemblée mixte. Les femmes votent en faveur d’Athena et les hommes de Poséïdon. Les femmes, plus nombreuses d’une voix, font pencher la balance en faveur d’Athena. Furieux, Poséïdon submerge l’Attique sous les flots. Pour apaiser sa colère, les Athéniens doivent imposer aux femmes trois punitions : les femmes n’auront plus le droit de vote, aucun enfant ne portera le nom de sa mère et les femmes ne seront plus appelées Athéniennes**.

  • La version « c’est pas pour rien que l’expression jeune et con existe »

La foule pousse en avant un aîné pour affirmer que les deux cadeaux étaient dignes d’être choisis, et précisant : le cheval représente la force, le courage, la guerre, alors que l’olivier symbolise la prudence, la sérénité et la paix. Le vieillard en question avança que la guerre pouvait apporter richesses et pouvoir, mais qu’il était incertain. Par contre, la paix apportait des biens moins beaux et originaux, mais ils étaient plus sûrs et plus durables. Tous approuvèrent et choisirent le don d’Athena, qui donna finalement son nom à la ville. 

Mais comme on est jamais trop prudents, les citoyens promirent à Poséïdon de lui élever un temple malgré tout et s’engagèrent à lui apporter des offrandes dans l’espoir de garder sa faveur.

*Une version alternative veut qu’une source d’eau salée en jaillit (“l’eau est là” dirait Kirikou qui a fait aussi bien même si, lui, il était tout petit)
** Une version votée par un membre de l’académie des Césars, probablement.

Objets mythologiques en bois d’olivier 

Un jeu à faire en famille ! 

 Devinez ce que sont ces objets aux propriétés aussi magiques qu’un filet d’huile sur un fromage de chèvre et associez les avec les définitions ci-dessous :

A. Heracles, demi-dieu fils de Zeus et d’Alcmène, est presque toujours représenté avec sa mythique massue taillée dans une grosse branche d’olivier sauvage, dont le bois est lourd et serré. 


B. Dans l’Odyssée d’Homère, le pieu avec lequel Ulysse crève l’œil du cyclope Polyphème est taillé dans un olivier, symbole de sagesse et de force.


C. Couple mythique s’il en est, Pénélope et Ulysse fondent leur amour sur la mémoire et la volonté. La reconnaissance des deux époux a lieu grâce à un acte de mémoire, un signe secret : le lit conjugal que seuls eux deux savent construit sur un tronc d’olivier. 


D. Les Grecs récompensaient les héros des Jeux olympiques antiques par des branches d’olivier et des jarres d’huile d’olive. Mieux qu’une médaille non ?


RÉPONSES : 

1-D, 2-A, 3-B, 4-C

Je vous souhaite à tous d’être protégé.es par Hygie, déesse de la santé, de profiter de ce confinement pour passer de doux moments avec Morphée, dieu des rêves et de laisser à votre porte Éris, déesse de la discorde

Manon

L’huile de la paix

Divisée par un conflit qui dure depuis plus de 45 ans, l’île de Chypre à l’extrême Est de la Méditerranée est coupée en deux.

Petit rappel des épisodes précédents :

1974 : Des nationalistes chypriotes grecs, soutenus par les colonels Grecs, tente un coup d’État pour rattacher l’île à la Grèce. La Turquie réplique militairement et occupe militairement le Nord de l’île sous prétexte de protéger la minorité chypriote turque. Ce conflit fait 3 000 morts et laisse Chypre divisée en deux État indépendants.

1983 : La Turquie est le seul pays à reconnaître la “République turque de Chypre du Nord” qui entérine la partition de l’île.

2003 : Les échanges de marchandises entre le Nord et le Sud sont rétablis.

2004 : L’ONU organise un référendum pour la réunification de l’île. Il est largement approuvé par les Chypriotes turcs (près de 65 %) mais rejeté par les Chypriotes grecs (à plus de 75 %).

2004 : La partie Sud de l’île rentre seule dans l’Union Européenne.

Hasan et Alexandros dans leurs oliviers

Si la situation semble  bloquée diplomatiquement, tout espoir de réconciliation n’est pas perdu. La preuve, deux jeunes producteurs, Hasan Siber, Chypriote-turc, et Alexandros Philippides, Chypriote-grec, ont décidé de lancer ensemble Coliveoil, l’une des rares start-up bicommunautaires de l’île. Ils vendent une huile dont les olives ont été récoltées dans l’ensemble de l’île.

Pour en apprendre plus sur cette “huile de la paix”, je vous recommande de lire l’article qui lui est consacré dans le magazine Good Planet.