L’huile d’olive, le nouveau quinoa ?

Quand la loi du marché prive les consommateurs et appauvrit les producteurs.

Il y a quelques années, on apprenait que la mode du quinoa chez les consommateurs bobos avait créé une hausse des prix insoutenable pour les consommateurs péruviens pour qui cette céréale était l’aliment de base depuis des siècles. Cette situation ubuesque où les habitants ne peuvent plus se permettre de consommer leur propre production est malheureusement loin d’être unique. Le Mexique en a aussi fait l’expérience avec ses avocats et nous découvrons désormais que c’est le tour des pays du sud de la Méditerranée avec… l’huile d’olive !

Quelques indices :

  • Le 4 novembre, le ministre du commerce tunisien a fixé la marge bénéficiaire pour la revente d’huile d’olive à 15% pour tenter de lutter contre l’inflation des prix. 
  • Le 14 novembre, la consommation d’huile d’olive en Algérie est tombée de 7 litres en 2010 à 1,5 litre par an par habitant cette année. La raison ? Des prix de vente trop élevés.

Acclamée en raison de ses vertus pour la santé, la consommation d’huile d’olive dans le monde (riche) a été multipliée par deux en 25 ans. Une croissance de la demande qui s’accompagne d’une montée des prix : la célèbre loi de l’offre et de la demande en somme.

Récolte au Maroc, 2016

Les producteurs sont-ils devenus riches au moins ? Hélas non !

Malheureusement, ce n’est pas si simple. Si le prix de vente aux consommateurs, en Tunisie comme en France, augmente, cela ne veut pas dire que les producteurs ont été mieux rémunérés.

Ce sont les quantités produites à l’échelle mondiale bien plus que la demande finale des consommateurs qui dictent les fluctuations du prix du kilo d’huile à la coopérative. Par conséquent, au lieu d’augmenter, les prix sont très volatiles et rémunèrent toujours moins bien les producteurs.

En Tunisie par exemple, l’huile vierge extra s’échangeait moins de 3,50€ le kilo ces dernières semaines, soit près de 20% de moins que l’année dernière.

Les producteurs doivent aussi faire face à de nouveaux défis. Avec le réchauffement climatique, les fluctuations du climat sont plus fortes que jamais.

Plus anecdotique mais pas moins inquiétant, dans certaines régions de Tunisie, les producteurs font appel aux services d’agents de sécurité armés pour garder les oliveraies et ne pas risquer d’avoir leurs olives volées pendant la nuit ! Une charge financière de plus à ajouter à la main d’oeuvre pour la récolte, au matériel, à l’eau…

Récolte en Tunisie, 2018

En Grèce, la situation financière est encore plus dramatique. L’année dernière, en raison de l’absence de pluie, la production a baissé de 30% et pour couronner le malheur des producteurs, les prix à la coopérative ont été particulièrement bas, descendant jusqu’à 2,50€ le litre.

Mais dans ce cas, pourquoi le prix de vente, lui, augmente-t-il même dans les pays producteurs ?

Dans les pays du Maghreb comme partout en Méditerranée, les producteurs ne sont pas maîtres de leur destin car ils vendent leur huile aux coopératives locales qui, à leur tour, se tournent vers des négociants qui revendent aux géants de l’agro-alimentaire. La Tunisie exporte plus de 80% de son huile, le marché extérieur étant considéré comme bien plus juteux que son marché intérieur. Logiquement les prix pour le peu d’huile qui reste en Tunisie montent en flèche.

Ajoutez à cela l’effet de change entre le dinar et l’euro et on ne sera pas étonné de constater que le prix de l’huile d’olive a plus que doublé en cinq ans en Tunisie.

Récolte en Grèce, octobre 2019

Les Grecs semblent eux encore épargnée par cette cruelle loi de l’offre et de la demande et la Grèce reste le premier consommateur mondial d’huile d’olive. La raison principale étant l’attachement des Grecs à leurs oliviers. La production grecque demeure morcelée, chaque famille produisant son huile : une partie se retrouve sous l’évier de la cuisine, dans des gros bidons de cinq litres, et le surplus est vendu à la coopérative locale.

On m’a souvent dit qu’un Grec préfère vendre sa maison que ses oliviers.

Même s’ils ne rapportent rien, les oliviers restent dans la famille. L’avantage, c’est que personne ou presque n’achète son huile ! Le terrible désavantage c’est que le rapport de force entre des micro-producteurs et des géants de l’agro-alimentaire est trop inégal.

Alors que faire ?

Si Cuba a trouvé une solution radicale avec son système à deux monnaies, celle des touristes et celle des locaux, il semble peu probable qu’un pays méditerranéen s’y convertisse de si tôt.

En tant de consommateur, on peut s’attacher à privilégier les filières courtes, celles qui rémunèrent les producteurs au juste prix. Le développement de ces filières alternatives permet de faire retomber la pression financière de cette économie globalisée où une grosse tempête en Andalousie a un impact sur les prix à l’Est de la Crète. Car les filières courtes sont aussi celles qui n’imposent pas leurs prix aux producteurs et qui ne renégocient pas chaque année.

Le fait que vous soyez en train de lire cet article me laisse penser que vous êtes en très bon chemin ! Car ces réflexions sont justement à l’origine du projet Adravasti. Depuis le début, la politique d’achat est transparente : 5,50€ pour l’huile et sa mise en bidon vont dans la poche du producteur. Ce prix est le même les bonnes et les mauvaises années. Il permet par exemple à Manolis de continuer à embaucher des travailleurs, même après une récolte modeste.

Si vous voulez continuer la discussion, partager votre expérience, n’hésitez pas à m’écrire à manon@adravasti.fr, je publierai vos témoignages à la suite de cet article !

La récolte (à la main)

Il y a quelques jours, accompagnés d’amis, j’ai récolté à la main un champ de 35 oliviers dans le village de Chochlakies (Χοχλακιες) pour en faire des olives de tables.

Pour bien faire, il ne faut prendre que les olives bien mûres et non piquées par la terrible mouche de l’olivier, la tristement célèbre δάκος

Un champ familial, dont les arbres qui avaient été taillés en février dernier étaient prêts à être récoltés dès le début du mois d’octobre. Tout juste taillés, les arbres avaient peu de branches secondaires donc peu d’olives. Et comme chacune d’entre elles avait reçu beaucoup d’eau, elles sont arrivés à maturité de façon précoce.

Pourtant, impossible de les récolter pour en faire de l’huile : toutes les coopératives des alentours étaient fermées.

Le timing de la récolte est une décision cruciale qui peut parfois échapper aux producteurs quand les coopératives locales prennent la décision de n’ouvrir leurs moulins que fin octobre. C’est ce qui m’est arrivé la semaine dernière.

Pour ne pas les gâcher, nous avons décidé, une fois n’est pas coutume, de faire une petite récolte à la main. L’intérêt ? Ne pas avoir à installer les filets ! Travail bien plus physique et contraignant qu’il n’y parait. Idéal quand les oliviers ne sont pas très chargés mais dont on ne veut pas laisser la production aux oiseaux.

Et comme les moulins étaient fermés, nous avons décidé d’en faire des olives de tables.

À l’Est de la Crète, les olives sont habituellement réservées à la production d’huile d’olive. La variété koroneiki produit de toutes petites olives avec un gros noyaux et peu de chair, pas terrible pour les olives de table mais parfait pour l’huile. Ceci étant dit, on les apprécie beaucoup à l’heure du mezze, d’autant plus quand elles sont préparées dans des saumures aromatisées au romarin, au thym ou à l’ail.

En une journée, nous avons récolté environ 4 grosses caisses d’olives.

Conservées dans des caisses en plastiques plutôt que dans les traditionnels sacs en toile de jute, les olives sont moins compressées et se conservent mieux en attendant d’être préparées ou d’aller au moulin.

Bilan de la journée : 35 oliviers passés au peigne fin, 4 pauses à l’ombre des oliviers à déguster les merveilleux spanakopitas de la boulangère de Pale Kastro et 4 caisses pleines d’olives.

Place à l’étape suivante : la préparation des olives (mais pour cela, il faudra attendre encore un peu !)

Après l’effort, le hamac